Nguila était autrefois un village paisible où régnait une atmosphère de sérénité. Ses habitants, des hommes et des femmes simples, vivaient essentiellement de l’agriculture et organisaient leur quotidien au rythme des récoltes, des jours de marché et des élans de solidarité qui unissaient la communauté. Aujourd’hui, cette image semble appartenir au passé. Une inquiétude profonde s’est installée dans les esprits et la peur est devenue le quotidien de nombreux habitants. Les agressions se multiplient à un rythme alarmant. Chaque jour apporte son lot de récits dramatiques, comme si la violence avait fini par s’imposer comme une norme. L’agression du cinéaste et artiste Tadjoro a particulièrement marqué les populations. Dépouillé de ses téléphones, de son passeport et de tous ses effets personnels, il n’a dû son salut qu’à une chance exceptionnelle. Selon son témoignage, il a frôlé la mort. Qui, à Nguila ou ailleurs, n’est pas préoccupé par la montée du banditisme ? Qui peut ignorer ces crimes commis quotidiennement, dans une inquiétante impunité ? Il y a quelques jours, notamment le 20 mai, alors que les populations se rendaient à la place des fêtes, des bandits étaient postés aux abords de la route et dépouillaient les passants à l’aide d’armes à feu et de couteaux. La population assiste, impuissante, à cette violence criminelle quotidienne qui perturbe profondément la vie des petits paysans. Ces derniers peinent à travailler dans leurs plantations avant de venir écouler leurs produits sur les marchés. Ce phénomène, autrefois observé dans plusieurs villes du Mbam, gagne désormais les villages. Les bandits modernisent leurs méthodes et utilisent même des cagoules pour dissimuler leur identité.

A travers les nombreux témoignages qui nous parviennent, il apparaît qu’il s’agit d’une criminalité organisée. En effet, lorsque les victimes se tournent vers les autorités, les brigades chargées de sécuriser la localité semblent souvent indifférentes. Plus troublant encore, les gendarmes jouent au damier. Lorsqu’on se présente à la brigade, ils sont tellement concentrés sur leur partie que l’on a l’impression de les déranger. Ils parlent tout en réfléchissant au pion qu’ils doivent déplacer, et toute intervention risque de les déconcentrer. Pendant qu’ils cherchent à remporter leur partie, les populations, elles, courent de grands risques. Il n’est plus possible de séjourner sereinement à Nguila. Les malfrats sont armés de fusils et de pistolets. Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux montre clairement comment ils ont opéré dans une habitation, où les impacts de balles sont encore visibles. Ces bandits ne viennent pas d’ailleurs. Ils sont de Nguila, ils y vivent et connaissent parfaitement les lieux. Certains habitants affirment qu’on leur demande parfois de payer pour que les forces de l’ordre entreprennent des recherches afin d’arrêter les bandits. Les bandits semblent désormais déterminés à imposer leur loi à Nguila et à faire régner leurs propres règles au détriment de l’autorité de l’État. Depuis plusieurs mois, les habitants décrivent une dégradation continue de la situation sécuritaire.

Les victimes ne se comptent plus. Femmes, enfants, cultivateurs, commerçants, personne n’est épargné. Une tragédie a récemment bouleversé toute la communauté lorsqu’une petite fille a perdu la vie dans des circonstances dramatiques au cours d’une agression qui avait semé la panique parmi plusieurs enfants jouant dans une cour familiale. Les opérateurs de transfert d’argent, véritables maillons de l’économie locale, figurent désormais parmi les cibles privilégiées des malfaiteurs. Les témoignages recueillis révèlent des méthodes inquiétantes qui témoignent d’une organisation bien rodée. Des personnes sont attaquées dans leurs plantations, contraintes de remettre leurs clés, tandis que des complices se chargent de récupérer l’argent à leur domicile. Ces actes ne relèvent plus de la simple délinquance opportuniste. Ils portent les caractéristiques d’un banditisme structuré et méthodique. La population ne cache plus son désarroi face à ce qu’elle considère comme une défaillance du dispositif de sécurité. Beaucoup dénoncent l’absence de réactions vigoureuses malgré la répétition des attaques. Des habitants affirment que les plaintes sont parfois accueillies avec désinvolture et que les interventions tardent à se concrétiser. Cette perception nourrit un sentiment d’abandon qui fragilise davantage la confiance envers les institutions chargées de protéger les citoyens.

Le 20 mai dernier, alors que les festivités nationales rassemblaient les habitants, des bandes armées auraient opéré aux abords des routes et dans plusieurs secteurs du village. Des passants, des écoliers et des visiteurs auraient été dépouillés sous la menace de couteaux, de machettes et même d’armes à feu. Que de tels actes puissent être commis en plein jour dans une localité de taille modeste soulève de sérieuses interrogations. La population est abandonnée comment expliquer qu’ après avoir été dépouillé par des hommes armés sur le chemin de sa plantation, un cultivateur se rend à la brigade, mais les gendarmes lui demandent de revenir un autre jour sans enregistrer sa plainte. Une femme victime d’un cambriolage nocturne signale les faits aux gendarmes, mais ceux-ci lui répondent qu’ils ne disposent pas de véhicule pour se rendre sur les lieux et d’acheter l’essence pour ne pas se déplacer par la suite. Des parents dénoncent l’agression de plusieurs enfants par des bandits, mais les gendarmes minimisent les faits et les invitent simplement à être plus vigilants. Un commerçant qui vient d’être braqué indique aux gendarmes l’identité présumée des malfaiteurs, mais aucune enquête n’est ouverte malgré ses informations. Alors qu’un groupe d’habitants réclame une intervention après une série d’attaques dans le village, les gendarmes poursuivent leur partie de damier et reportent leur décision à plus tard.
Une famille dont la maison a été attaquée durant la nuit se rend à la brigade dès le matin, mais les gendarmes déclarent qu’ils ont des dossiers plus urgents à traiter. Plus inquiétant encore, les auteurs de ces crimes ne seraient pas des inconnus venus d’ailleurs. Selon de nombreux témoignages, ils vivraient au sein même de la communauté. Ils connaissent les habitudes des habitants, les itinéraires empruntés et les moments propices pour frapper. Cette proximité rend la menace encore plus angoissante. Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux montre les traces d’une attaque menée contre une habitation. Les impacts visibles sur les murs témoignent de la violence des assaillants. Ces images ont renforcé la conviction de nombreux habitants que la situation a atteint un seuil critique. Derrière cette montée du grand banditisme se dessine une question fondamentale. Comment des individus armés peuvent-ils agir avec une telle assurance sans être durablement inquiétés ? Pourquoi certaines arrestations annoncées dans le passé semblent-elles n’avoir produit aucun effet dissuasif durable ? Pourquoi les populations ont-elles le sentiment que les criminels bénéficient d’une forme d’impunité ?
Les accusations de corruption formulées par une partie des habitants sont graves. Elles méritent d’être examinées avec rigueur par les autorités compétentes. Lorsqu’une population en vient à douter de ceux qui ont la responsabilité de sa protection, c’est tout le pacte de confiance entre l’État et les citoyens qui vacille. Nguila traverse aujourd’hui une crise sécuritaire qui ne peut plus être minimisée. Derrière les statistiques et les faits divers se trouvent des familles traumatisées, des enfants terrorisés, des cultivateurs découragés et des commerçants qui hésitent désormais à exercer leurs activités. Certains habitants ont même commencé à quitter la localité, convaincus qu’ils ne peuvent plus y vivre sereinement. Face à cette réalité, le silence n’est plus une option. L’État a le devoir d’agir avec fermeté, d’identifier les réseaux criminels, de sanctionner les complicités éventuelles et de restaurer l’autorité de la loi. Les habitants de Nguila ne demandent pas des promesses. Ils réclament simplement ce qui devrait être garanti à chaque citoyen, le droit fondamental de vivre en sécurité dans son propre village.

Photo du bandit le plus recherché du village
qui a laissé tombé son téléphone an prenant la fuite
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