L’intervention d’Eugène Ekeké sur le plateau de Le Débrief de l’Actu sur Canal2 International a relancé un débat de fond sur la gestion des entraîneurs locaux et, plus largement, sur la vision à long terme du football camerounais. En affirmant que le Cameroun a « manqué l’occasion de construire un entraîneur capable de nous faire gagner une CAN », l’ancien Lion Indomptable ne se contente pas de commenter l’actualité ; il pose un diagnostic sévère mais structurant sur les carences institutionnelles qui freinent l’émergence de techniciens nationaux de haut niveau. Le cas de Pagou, récemment engagé par Coton Sport, devient ainsi un révélateur d’un dysfonctionnement plus large, lié au manque d’anticipation, de dialogue et de projection stratégique. Pour Ekeké, le problème ne réside pas dans le choix de Coton Sport, club respecté et bien organisé du championnat camerounais, mais dans l’absence d’un projet national capable d’encadrer, d’accompagner et de valoriser un entraîneur à fort potentiel. Selon lui, un tel profil aurait dû bénéficier très tôt d’un cadre contractuel clair, de conditions de travail professionnelles et d’une trajectoire de carrière cohérente, articulée autour des besoins de la sélection nationale. L’idée n’est pas d’opposer club et sélection, mais de construire des passerelles intelligentes permettant à un entraîneur d’évoluer, de se confronter à l’exigence du terrain et de rester au contact des talents locaux.
Ekeké insiste d’ailleurs sur un point souvent négligé ; un entraîneur de sélection ne peut se limiter à attendre les périodes de regroupement. Être en activité quotidienne, fréquenter les stades, observer les joueurs en compétition réelle et travailler en continu avec un staff élargi constitue, selon lui, un avantage déterminant pour la détection et le développement des talents. À ce titre, il rappelle implicitement que de nombreux exemples à travers le monde montrent qu’il est possible de cumuler des responsabilités en club et en sélection, à condition que le cadre soit clair et bien organisé. Au-delà de l’aspect opérationnel, l’ancien international met en avant la nécessité d’un accompagnement intellectuel et technique des entraîneurs locaux. Formation continue, échanges avec d’autres techniciens, ouverture à de nouvelles approches tactiques et managériales : autant d’éléments indispensables pour permettre à un entraîneur camerounais de répondre aux exigences du très haut niveau continental. Sans cette démarche structurée, les discours sur la valorisation des compétences locales risquent de rester de simples déclarations d’intention. La réflexion d’Eugène Ekeké se projette enfin vers l’avenir, avec en ligne de mire les grandes compétitions continentales. Pour lui, penser la performance des Lions Indomptables sans investir sérieusement dans la formation et la montée en compétence des entraîneurs revient à compromettre durablement les ambitions nationales. Le cas Pagou ne symbolise donc pas un échec individuel, mais bien une opportunité manquée, qui doit servir de leçon. Entre patience, confiance dans les instances et acceptation des critiques constructives, Ekeké invite surtout à une prise de conscience collective ; sans vision claire et cohérente, le football camerounais continuera de naviguer entre espoirs déçus et débats sans lendemain.
La sortie d’Eugène Ekeké est une réflexion lucide et profondément pertinente sur les fondements du football camerounais. Fort de son expérience d’ancien Lion Indomptable et héros de l’épopée France-Angleterre, il ne parle ni par nostalgie ni par posture, mais avec l’autorité de celui qui a connu l’exigence du très haut niveau. En appelant à une meilleure anticipation, à un accompagnement structuré des entraîneurs locaux et à une vision cohérente reliant championnat national et sélection, Ekeké met en lumière une voie réaliste et durable pour reconstruire la compétitivité des Lions Indomptables. Sa prise de parole dépasse le simple cas Pagou pour interroger la responsabilité des décideurs et inviter à un changement de paradigme : celui d’un football camerounais qui cesse de gérer l’urgence pour enfin investir dans la construction, la compétence et la continuité. Une alerte salutaire, qui mérite d’être entendue et intégrée dans les orientations futures du football national. Nous voyons ce débat comme un appel à la maturité institutionnelle. L’ancien Lion propose un changement de paradigme ; passer d’une gestion réactive à une stratégie de construction, d’une logique de court terme à un projet structuré, capable de produire des résultats durables. En rappelant que les grandes nations de football investissent autant dans leurs entraîneurs que dans leurs joueurs, l’ancien Lion Indomptable trace une voie réaliste pour la renaissance sportive du Cameroun. Une voie exigeante, certes, mais nécessaire si le pays souhaite retrouver une place de premier plan sur la scène africaine et internationale.
![]()









