Mag-Afriksurseine-Mars-2024

PREMIER MINISTERE-SECRETARIAT GENERAL DE LA PRESIDENCE , SGS-PAD, CHRONIQUE D’UN POUVOIR QUI SE CONTREDIT

L’affaires SGS-PAD qui, par leur apparente technicité, se joue dans les hautes sphères  de l’état, révèle désormais au grand jour  les failles les plus profondes de notre pays. Le remplacement de la Société générale de surveillance (SGS) au Port autonome de Douala est un rare  dossier  administratif qui montre le  miroir d’une crise politique au sommet du pouvoir camerounais. Il se dit que tout a  commencé  le 22 janvier, dans le huis clos feutré du Secrétariat général de la présidence de la République. Sous la conduite du ministre d’État, secrétaire général de la présidence, des instructions sont notifiées au directeur général du Port autonome de Douala ;  la page SGS doit être tournée, un nouvel opérateur – Transatlantic – est appelé à prendre le relais. Le message est clair, présenté comme émanant des plus hautes sphères, donc réputé non négociable. Sept jours plus tard pourtant, le décor change brutalement. Le 29 janvier, à l’immeuble Étoile à Yaoundé, c’est un tout autre son de cloche qui retentit. Face aux mêmes acteurs, Joseph Dion Ngute, Premier ministre et chef du gouvernement, tranche sans détour : le contrat de scanning lie la SGS à l’État camerounais, non à une entité administrative isolée.

 

Le PAD, malgré son autonomie de gestion, n’a ni la compétence juridique ni l’autorité politique pour rompre un engagement contractuel de cette nature sans une décision gouvernementale formellement coordonnée. Ordre est donné :  la SGS reste. Ce qui aurait pu n’être qu’un arbitrage administratif prend alors des allures de séisme institutionnel. Car pour la première fois depuis longtemps, deux voix exécutives se contredisent publiquement, à une semaine d’intervalle, sur un dossier stratégique. Le Cameroun redécouvre, parfois avec stupeur, que son exécutif est constitutionnellement bicéphale : un président de la République, chef de l’État, et un Premier ministre, chef du gouvernement. Encore faut-il que cette dualité fonctionne comme un tandem, et non comme une collision. Le malaise est profond. Comment expliquer qu’un ministre d’État, membre du gouvernement, agissant  » sur hautes instructions « , puisse voir sa démarche frontalement neutralisée par la Primature ? Où s’arrête l’autorité présidentielle, où commence la responsabilité gouvernementale ? À cette question, aucun communiqué officiel n’apporte pour l’instant de réponse claire. Dans cette confusion, le Port autonome de Douala se retrouve dans une position intenable ;  obéir à la présidence au risque d’un bras de fer juridique avec le gouvernement, ou se conformer aux injonctions de la Primature au risque de désavouer publiquement une instruction présidentielle. L’image est brutale mais parlante : le PAD est pris entre l’enclume et le marteau. Au-delà des querelles de préséance, l’enjeu est pourtant vital.

 

Le scanning des marchandises est un maillon critique de la chaîne douanière. Il conditionne la sécurité des importations, la fluidité logistique et, surtout, la fiabilité des recettes fiscales. Un flottement prolongé, une transition mal maîtrisée ou un blocage opérationnel pourrait coûter cher ;  congestion portuaire, hausse des coûts pour les opérateurs économiques, perte de crédibilité du Cameroun dans les classements internationaux de performance logistique. Mais le plus inquiétant n’est peut-être pas là. Le véritable danger réside dans le signal envoyé aux investisseurs et aux partenaires économiques ; celui d’un État dont la parole peut se dédoubler, se contredire, puis se neutraliser en l’espace de quelques jours. Dans un environnement déjà marqué par l’incertitude, cette imprévisibilité institutionnelle agit comme un repoussoir. Trois hypothèses circulent désormais dans l’opinion : soit les deux têtes de l’exécutif agissent chacune pour des intérêts divergents ; soit l’un défend l’intérêt général pendant que l’autre s’en éloigne ; soit, plus tragiquement, chacun tente de bien faire sans parvenir à s’accorder. Quelle que soit la bonne lecture, le constat demeure accablant.

 

En rappelant la primauté du droit et la hiérarchie des normes, le Premier ministre a, pour une fois, occupé pleinement l’espace que lui confère la Constitution. Beaucoup y voient un acte tardif mais salutaire, une restauration symbolique de l’autorité du chef du gouvernement trop longtemps relégué au second plan. Mais cette affirmation d’autorité ne saurait suffire si elle n’est pas relayée, assumée et clarifiée au sommet de l’État. Car en définitive, la question est simple ; si l’ordre vient réellement du chef de l’État, qu’il s’exprime clairement et tranche. S’il n’en est rien, alors que la discipline gouvernementale s’impose sans faux-semblants. Un pays ne se gouverne pas à coups de messages contradictoires, encore moins dans des secteurs aussi sensibles que les recettes douanières. L’affaire SGS n’est donc pas un simple conflit de prestataires. Elle est le symptôme d’un malaise plus grave ; celui d’un État qui peine à parler d’une seule voix. Et pendant que les egos s’affrontent, c’est le Cameroun qui retient son souffle.

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