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En Afrique, et plus particulièrement dans les sociétés bantoues, l’amitié devrait être ce fil sacré qui relie les cœurs, une alliance née de la jeunesse, nourrie par les épreuves et sublimée par le temps. Pourtant, trop souvent, elle se transforme en une arène silencieuse où chacun se comporte comme un rival, jaloux des pas de l’autre, au lieu d’unir ses forces pour bâtir une histoire commune. Là où la fraternité pourrait être une source de grandeur, c’est la compétition qui s’impose, étouffant l’élan de solidarité et brisant l’harmonie qui aurait pu donner naissance à une force invincible. Dans chaque pays, chaque ville ou   chaque quartier   où j’ai posé mes valises, j’ai cru trouver des frères que je pouvais appeler amis. Je les voyais comme des alliés, des complices de route, des âmes jumelles. Mais la réalité s’est dévoilée autrement ;  derrière les sourires se cachaient des lâches, des perfides,  derrière les accolades se tenaient des cœurs pesants comme des enclumes. Ils n’attendaient que les marteaux de la vie pour frapper, non pas les obstacles, mais celui qu’ils appelaient pourtant leur frère. Et, dans cette mascarade, j’ai appris que l’amitié au cameroun  n’est qu’un poids mort, une illusion cruelle qui brise et vous piétine le cadavre.

 

Si  nous -les amis-  avions su préserver l’esprit de solidarité, nos amitiés auraient connu une trajectoire glorieuse. Nous avions les bases : des personnalités différentes mais complémentaires, une jeunesse pleine d’énergie et une histoire commune riche. En nous soudant, à l’image de ces groupes sénégalais que je vois ici, unis et stratégiques, nous aurions pu bâtir une force collective. Ensemble, nous aurions multiplié les opportunités, chacun servant d’appui à l’autre. Les réussites de l’un auraient rejailli sur le groupe entier. Nous aurions pu créer un réseau puissant, traverser les difficultés sans nous disloquer et peut-être même construire une fraternité exemplaire, enviée de tous. Mais à la place, chacun s’est replié sur soi. Le premier d’entre nous qui avait réussi a tourné le dos. Le second, réussissant avec panache, nous a traités comme des parias, effaçant d’un geste des années de camaraderie. Nous étions souvent réduits à des caricatures, comme si notre amitié n’avait jamais eu de valeur.

 

Le seul à être resté en lien avec tout le monde fut l’ami venu d’ailleurs, d’un autre quartier disons d’une autre mère, qui, au moins, nous traitait sans condescendance. Ce sont ces cassures silencieuses qui ont précipité notre éclatement. À défaut d’unir nos forces, nous avons laissé les égos parler là où l’unité aurait pu nous élever. Il arrive parfois que l’amitié ne soit qu’un mot, un masque derrière lequel se cachent les frustrations, les ambitions personnelles et parfois même la manipulation. Ce témoignage en est une illustration frappante. Ce genre d’histoire, on en a vu partout : la plupart l’ont vécu dans un groupe d’amis liés par des années de camaraderie, d’expériences partagées et de confiance. Dans un groupe, il y a toujours des noms qui reviennent sans cesse. Un ami, souvent charismatique, peut se présenter à première vue comme loyal, puis se révéler, au fil des années, comme un élément déstabilisateur. Chaque groupe en a un : « Avec eux, les abus sont constants. » Esprit retors, propos blessants, mensonges… Il ne respecte jamais les codes de l’amitié. Dans un groupe d’amis, le fonctionnement repose sur une assimilation indifférenciée : tout le monde est ami avec tout le monde. Mais cette structure a progressivement volé en éclats. D’abord avec les plus charismatiques, puis avec ceux qui jouaient les seconds rôles. Chacun finit toujours par s’éloigner, parfois sans explication. Pour certains, la cause est claire : la dynamique toxique imposée par celui qui tarde à réussir ou refuse de voir les autres réussir.

 

Les groupes d’amis qui unissent réellement leurs efforts pour réussir ensemble sont rares. Le même schéma est fréquent dans le football : certains se rapprochent des autres lorsqu’ils y trouvent un intérêt personnel, souvent au détriment des liens existants. Pourtant, l’amitié véritable est un chemin qui ne se mesure ni par l’ancienneté ni par la possession d’opportunités, mais par la sincérité des liens tissés. Dans nos vies d’adultes, alors que chacun poursuit sa route, il est essentiel de se souvenir que l’enfance nous a unis d’une manière que ni le temps ni la distance ne peuvent effacer. Quand nous nous retrouvons face aux épreuves de la vie, ce n’est pas la rivalité qui doit primer, mais la fidélité à cette flamme originelle : celle de l’amitié gratuite, bienveillante, qui s’élève au-dessus des calculs personnels. Une amitié saine repose sur le respect des limites, la reconnaissance de l’autre et l’humilité d’accepter que chacun a son heure et son rôle. Celui qui a bâti avec patience et constance mérite l’estime, tout comme celui qui tend la main sans attendre de retour. L’amitié n’est pas une scène de pouvoir, mais un espace où l’on s’élève ensemble, où l’on se réjouit sincèrement des réussites de l’autre. Dans ce miroir, chacun trouve une part de sa propre dignité, car être ami, c’est choisir la loyauté plutôt que la compétition. Ainsi, en grandissant, nous sommes appelés à nous retrouver, non pas pour rejouer les querelles d’autrefois, mais pour écrire une histoire nouvelle, plus mûre, plus féconde. Une amitié saine est une richesse commune : elle apaise, elle fortifie, elle inspire. Que les noms ne soient pas associés à la division, mais à l’exemple des groupes qui ont su transformer leurs blessures en sagesse et leurs différences en force. Car au bout du chemin, ce qui demeure, ce n’est pas ce que chacun aura arraché pour lui seul, mais ce que nous aurons su bâtir ensemble.

 

 

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