L’article consacré à Maurice Kamto, intitulé « Meeting de Paris : le professeur insulte les juristes camerounais », a provoqué une onde de choc sur la toile. La virulence du propos et la portée de ses affirmations ont suscité de vives réactions, au point que plusieurs experts ont jugé impérieux d’apporter des clarifications aux déclarations du professeur Kamto. C’est dans cet esprit que nous publions, ci-après, l’intégralité de la réponse signée Didier Awana.
Par Didier AWANA (un observateur du droit et de la vie publique camerounaise )
Le meeting tenu par le Professeur Maurice Kamto le 31 mai 2025 à la Place de la République à Paris a suscité de nombreuses réactions. Parmi elles, un article publié sur Afrik sur Seine titré « MEETING DE PARIS : LE PROFESSEUR KAMTO INSULTE LES JURISTES CAMEROUNAIS D’ILLETTRÉS » mérite un regard critique. Ce titre, volontairement provocateur, soulève une question plus vaste : celle du rôle du droit dans le débat politique, et de la manière dont il est utilisé – ou instrumentalisé – dans l’arène publique camerounaise.
*Un professeur de droit qui défend le droit*
Maurice Kamto n’est pas un homme politique comme les autres. Il est agrégé de droit public, professeur émérite et ancien membre de la Commission du droit international des Nations unies. Lorsqu’il critique les juristes qui interviennent sur les plateaux télévisés pour affirmer son inéligibilité, il ne s’attaque pas à la profession, mais à un usage dévoyé du droit. Il pointe du doigt une tendance inquiétante : celle d’une lecture instrumentale, parfois erronée, voire volontairement biaisée du droit à des fins partisanes. Parler d’« illettrisme juridique » peut choquer, mais cela doit être compris dans le registre universitaire : il s’agit de dénoncer une méconnaissance grave du droit ou une manipulation volontaire de celui-ci, et non d’insulter toute une profession.
*Le droit, arme ou boussole ?*
Dans une démocratie qui se veut authentique, le droit est une boussole, non une arme. Or, le Cameroun est confronté à une situation où des « experts » autoproclamés assènent des interprétations juridiques à l’emporte-pièce, souvent sans fondement dans les textes. Le débat sur l’éligibilité de Kamto en est une illustration : certains affirment son inéligibilité sans citer aucun article de la Constitution ou de la loi électorale qui irait en ce sens. Le professeur Kamto rappelle justement que le droit n’est pas un théâtre de rumeurs, mais un édifice de rigueur. Ses propos, même tranchés, visent à rétablir cette exigence.
*Une presse responsable, un débat enrichi*
En relayant de façon simpliste et sensationnaliste les propos du leader du MRC, Afrik sur Seine a manqué l’opportunité d’ouvrir un débat de fond sur la place du droit dans la vie politique camerounaise. Une presse responsable ne devrait pas réduire une critique juridique à une « insulte », sans en analyser la portée. Au lieu d’attiser les tensions, un traitement journalistique sérieux aurait pu interroger : • Quelle est la base légale invoquée pour contester l’éligibilité de Kamto ? • En quoi consistent ses arguments pour dire qu’il n’existe aucun obstacle juridique ? • Qu’en pensent les juristes indépendants et les universitaires ?
*Une diaspora mobilisée, un débat à hausser*
Le meeting de Paris a rassemblé une partie importante de la diaspora camerounaise autour d’un appel à l’engagement démocratique. Au lieu de s’attarder sur une phrase isolée, il serait plus utile de se pencher sur les messages politiques de fond : alternance, réforme électorale, retour de la confiance entre l’État et les citoyens. Maurice Kamto ne peut être réduit à un polémiste. Il est, avant tout, un homme de droit qui, dans un moment critique de l’histoire du Cameroun, cherche à rétablir la vérité juridique dans le débat politique. Cette vérité, même lorsqu’elle dérange, mérite d’être entendue.
*En conclusion*
Si les mots peuvent heurter, le droit ne saurait être abandonné aux interprétations fantaisistes. Il appartient aux juristes, aux journalistes et aux citoyens de refuser le nivellement par le bas du débat démocratique. Et à la presse, de jouer son rôle d’éclaireur, non de pyromane.
NDLR : Après cette mise au point de Didier Awana, il est intéressant de publier cette autre réaction de Monsieur TADJAM, qui m’écrit en ces termes : Bonjour Monsieur, très belle analyse. N’en déplaise à vos détracteurs, on vous reconnaît au moins le mérite de ne pas écrire sous la dictature de la faim. Je ne suis ni du RDPC, ni du MRC. Je ne vous écris donc pas parce que j’appartiens à un camp. Ce que j’ai apprécié dans votre article, c’est le fait que vous ayez souligné que le Professeur, fort de sa réputation de « pape du droit », aurait dû démontrer qu’il est véritablement celui qu’on dit qu’il est. En réalité, la politique ne consiste-t-elle pas à gérer les gens du « quartier », de la rue ? N’est-ce pas justement ces gens-là qui votent, et qui, ensuite, descendent dans la rue pour revendiquer ? Dès lors, parler de « droit du quartier », n’est-ce pas une façon de mépriser le véritable peuple ? Le droit a-t-il encore du sens s’il n’est pas accessible aux quartiers populaires ? Le Professeur aurait dû exposer son savoir, plutôt que de dénigrer les autres, et donner l’impression qu’il détient la science infuse. Sur ce point, je dois avouer que je suis déçu, et je m’interroge sur ce qui pourrait advenir s’il venait à prendre les rênes du pays. Serons-nous alors soumis à une dictature de la pensée unique ? En tout cas, wait and see… Très bel article. Restez toujours objectif. Merci.
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