Mag-Afriksurseine-Mars-2024

CANDIDATURE DE MAURICE KAMTO MEME SI LE DROIT DIT OUI… LE POLITIQUE DIRA NON

Il existe une vérité froide, implacable, que l’on feint souvent d’ignorer dans l’euphorie des principes juridiques : lorsque le droit entre en conflit avec le politique, c’est toujours le droit qui plie l’échine. La raison en est simple : ce sont les hommes politiques qui façonnent la loi, en définissent les contours, la modèlent selon les besoins de l’heure ou les exigences de leur propre survie. Le droit, loin d’être une abstraction neutre, est souvent l’instrument d’un pouvoir qui sait ce qu’il veut et surtout ce qu’il ne veut pas. Maurice Kamto, figure juridique reconnue, professeur de renom, s’est lui-même exclu du jeu politique en refusant, en 2020, de participer aux élections locales. Cet acte, traduisait  un mépris affiché pour la politique concrète, pour la réalité du terrain. On ne peut refuser de poser les fondations d’une maison au prétexte que les matériaux sont anciens, puis revenir en hâte pour s’y installer lorsque les murs commencent à s’élever. Où est le sens de la cohérence ? Où est l’honneur politique dans ce va-et-vient opportuniste ?

 

Le primat du politique sur le droit 

Dans toute société structurée, et a fortiori dans un État comme le Cameroun, le droit ne précède pas la politique ; il en est l’expression formalisée, la conséquence codifiée. Ceux qui fabriquent la loi, c’est-à-dire  les législateurs, les dirigeants, les stratèges du pouvoir,  sont les véritables maîtres du jeu. C’est pourquoi, lorsque le droit semble hésiter, ce n’est pas dans un tribunal qu’il faut chercher la réponse, mais dans l’arène politique où se dessinent les rapports de force. L’histoire politique contemporaine regorge d’exemples où le  » respect des textes  »  n’a été qu’un masque : ce n’est pas la légalité seule qui décide d’une candidature, mais l’acceptabilité politique de cette candidature par les détenteurs du pouvoir réel. Aussi, proclamer haut et fort qu’« il n’y a aucun obstacle juridique » revient souvent à ignorer cette vérité première : le droit est une porte, mais c’est la politique qui détient la clé. Le laisser-passer juridique n’est jamais une garantie de victoire ; il est, au mieux, une tolérance momentanée accordée par un système qui demeure souverain sur ses équilibres. La maison du pouvoir n’a pas de clé juridique sans oublier que le juridique  est le domestique du politique.

La légalité ne fait pas la légitimité électorale

Admettre qu’un homme politique puisse se présenter à une élection ne signifie nullement qu’il puisse la remporter. La foule n’est pas l’électorat, et la clameur n’est pas le vote. Il est donc erroné  et dangereux  de croire qu’un meeting réussi, fût-il à Paris, puisse être l’augure d’un triomphe dans les urnes. Car la vérité, plus âpre, est la suivante : le pouvoir, au Cameroun, est enraciné dans des structures institutionnelles, administratives, militaires et sociales qu’aucun slogan ne peut ébranler par magie. Même si Kamto venait à franchir l’étape juridique,  ce qui reste à démontrer,  il ne franchira pas nécessairement l’étape politique. Ceux qui décident de la stabilité du régime, ceux qui tiennent les leviers réels de l’appareil d’État, ne prendront pas le risque de voir accéder au pouvoir un homme qu’ils perçoivent comme une menace. Dans ce contexte, l’autorisation d’une candidature pourrait relever d’un calcul stratégique, non d’un acte de foi démocratique. Quant à la porte présidentielle, plus que jamais, elle sera verrouillée.

 

Mais dans tous les cas, la décision finale ne relèvera ni des foules, ni des juristes  elle relèvera du politique, et du politique seul. Aujourd’hui, certains brandissent l’article 121 du code électoral, ou l’article 15 de la Constitution, comme si les textes seuls pouvaient déterminer l’avenir d’un homme dans une république solidement verrouillée par des rapports de force. Mais ces invocations juridiques ne peuvent occulter une évidence : si le politique décide que Kamto ne sera pas candidat, il ne le sera pas. Les textes seront lus, relus, et s’il le faut, réinterprétés ou amendés pour correspondre à cette volonté politique. C’est là le cœur du réalisme politique : le droit suit, il ne précède jamais. Il faut le dire sans détour : Kamto ne remportera pas l’élection présidentielle au Cameroun. Non pas seulement parce que le système en place est solidement enraciné verrouillé, méfiant, parfois revanchard, mais surtout parce que la politique ne se résume pas à des foules galvanisées ou des discours enflammés. La sociologie des foules nous enseigne qu’une masse rassemblée n’est pas nécessairement un électorat acquis. Chaque individu dans la foule est mû par une raison propre, et souvent, cette raison ne survit pas au silence de l’isoloir.

Cela me rappelle le professeur Aletum  » chacun sait pourquoi il est là ». Depuis sept ans, une frange de l’opinion s’est enlisée dans un tapage médiatique stérile, incapable de produire autre chose qu’une attente obsessionnelle des prochaines élections présidentielles. Comme si le destin d’un homme – ou d’un pays – ne pouvait se jouer qu’à cette échéance-là. C’est une vision appauvrie de la politique, presque mystique, où l’on sacralise un futur improbable sans jamais se confronter aux réalités du présent. Le Cameroun, qu’on le veuille ou non, repose sur un ordre politique que l’on ne déloge pas par des cris ou des indignations théoriques. Ce pouvoir ne commettra pas l’erreur d’ouvrir la porte à celui qu’il considère, à tort ou à raison, comme une menace à son équilibre. Kamto ne sera pas candidat. Et s’il l’est malgré tout, il ne passera pas. Car les Camerounais, ne sont pas dupes. Il est temps, peut-être, de sortir de l’illusion juridique et de faire face à la dure vérité politique : la loi est un outil du pouvoir, pas sa limite. Et lorsque la politique entre dans la maison, le droit, poliment mais sûrement, sort par la fenêtre.

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