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« Tant que Samuel Eto’o est là, on ne gagnera rien. » Nous avons entendu cette phrase à plusieurs reprises ces dernières années, prononcée par certains ténors de l’opinion publique, comme si elle constituait une vérité définitive. Elle était devenue, pour certains, une sorte de sentence sur l’avenir du football camerounais sous la présidence de Samuel Eto’o. Mais qui sommes-nous pour prononcer des jugements aussi péremptoires sur un homme dont le parcours a été marqué par le combat, la persévérance et la volonté de s’élever ? Samuel Eto’o est un enfant des quartiers populaires qui a connu les difficultés de la vie avant de conquérir les plus grandes scènes du football mondial. Cela ne signifie évidemment pas qu’il soit au-dessus de toute critique. Cela signifie simplement qu’il faut parfois comprendre le caractère de ceux qui ont dû se battre pour se faire une place avant de porter un jugement définitif sur leur capacité à diriger. Sur le plan linguistique, la formule « Tant que Samuel Eto’o est à la FECAFOOT, on ne gagnera rien » était particulièrement forte. La locution « tant que » installait une situation présentée comme durable, tandis que le futur « gagnera » donnait à la prédiction une apparence de certitude. Quant à « rien », il renforçait considérablement la portée de la négation. L’énoncé était donc polémique, catégorique et hyperbolique. Il ne disait pas que les résultats pourraient être difficiles à obtenir.

Il affirmait qu’aucune victoire ne serait possible tant que Samuel Eto’o serait à la tête de la Fédération. Le football vient pourtant de répondre avec sa propre langue, celle du terrain. Le 16 août 2026, les Lionnes Indomptables ont remporté au Maroc la première Coupe d’Afrique des nations féminine de l’histoire du Cameroun. Elles ont dominé le Malawi sur le score de 3-0 en finale, après avoir déjà franchi un obstacle majeur en éliminant le Nigeria en quarts de finale et le Maroc en demi-finale. Cette victoire possède une dimension particulière. Le Cameroun avait déjà disputé trois finales de la CAN féminine, en 2004, en 2014 et en 2016, sans jamais parvenir à soulever le trophée. La quatrième tentative aura finalement été la bonne. Alors, que reste-t-il de la phrase « Tant que Samuel Eto’o est là, on ne gagnera rien » ? Il reste une opinion, mais certainement plus une certitude. Les faits viennent de lui opposer un démenti spectaculaire. Une prédiction peut être légitime. Une critique peut être nécessaire. Mais transformer une opinion en vérité absolue expose toujours son auteur au risque de voir le terrain lui répondre. Et le terrain, cette fois, a parlé. Il faut cependant éviter de tomber dans l’excès inverse. Cette victoire n’efface ni les difficultés passées, ni les controverses, ni les débats qui entourent la gestion de la FECAFOOT. Une coupe ne constitue pas un permis de tout faire et ne transforme pas automatiquement un dirigeant en gestionnaire parfait. De la même manière, les échecs d’hier ne devraient pas condamner définitivement les réussites d’aujourd’hui.

Un diplôme obtenu après plusieurs échecs reste un diplôme. Un examen réussi à la cent unième tentative reste une réussite. L’enfant qui échoue cent fois avant de connaître enfin la joie de réussir ne célèbre pas son succès avec moins d’intensité parce qu’il a connu l’échec. Au contraire, chaque pas accompli mérite d’être apprécié, même lorsqu’il arrive après de nombreuses déceptions. C’est peut-être aussi cela qu’il faut comprendre dans cette victoire des Lionnes. Le Cameroun n’a pas gagné parce que tout serait désormais parfait. Il a gagné parce qu’à un moment donné, les joueuses, le staff et l’encadrement ont réussi à mettre leurs forces en commun. L’harmonie n’efface pas les divergences, mais elle permet de transformer les différences en énergie collective. La critique reste nécessaire. Elle est même indispensable lorsqu’elle est constructive. Mais elle doit pouvoir s’exercer sans émotion excessive, sans rancœur et sans ego surdimensionné. On peut contester les choix de Samuel Eto’o. On peut critiquer son tempérament, certaines de ses méthodes, sa communication ou certains résultats. Mais il serait intellectuellement malhonnête de nier qu’une question importante a été posée depuis son arrivée à la tête de la FECAFOOT, celle de la place que nous voulons désormais accorder aux compétences camerounaises. Depuis son accession à la présidence de la Fédération, Samuel Eto’o a notamment défendu une plus grande responsabilisation des compétences locales. La nomination de Valentine Nguele à la tête des Lionnes en juin 2026, première femme à occuper le poste de sélectionneure principale de l’équipe nationale féminine, s’inscrit dans cette volonté de donner davantage de responsabilités aux techniciens camerounais.

La compétence, rappelons-le, n’a pas de nationalité. Elle se démontre par les diplômes, l’expérience, le travail, la discipline, la capacité à construire un projet et, surtout, par les résultats. « Vous pouvez diriger les Lions. Vous pouvez diriger les Lionnes. Vous pouvez être au sommet chez vous. » Cette philosophie mérite d’être discutée, évaluée et, si nécessaire, corrigée. Mais elle mérite aussi d’être considérée avec sérieux. Pendant longtemps, nous avons parfois donné l’impression qu’un technicien venu de l’extérieur possédait automatiquement davantage de valeur qu’un technicien camerounais. Or, l’expertise ne devrait pas être évaluée à l’aune du passeport. C’est ici que le parcours de Gabrielle Aboudi Onguéné prend également tout son sens. À 32 ans, la capitaine et figure emblématique des Lionnes a disputé sa huitième CAN féminine, une longévité exceptionnelle au plus haut niveau. Elle a longtemps incarné cette génération qui a accumulé les désillusions sans jamais renoncer à son rêve continental. Valentine Nguele l’a d’ailleurs présentée comme un modèle pour les jeunes footballeuses, soulignant sa discipline, son professionnalisme et son rôle de guide auprès des plus jeunes. Cette transmission est aussi une victoire pour le football camerounais. Il faut également avoir l’honnêteté de reconnaître que les circonstances ont joué leur rôle. Les Lionnes avaient été éliminées sur le terrain par l’Algérie avant d’être repêchées par la CAF pour participer à la CAN 2026. Ce coup du destin aurait pu être considéré comme une seconde chance sans lendemain. Elles en ont fait une occasion historique.

Et c’est peut-être là toute la beauté du sport. Une équipe peut être éliminée, repêchée, critiquée, sous pression et pourtant finir championne d’Afrique. Le football ne garantit rien à l’avance. Il offre simplement une nouvelle occasion à ceux qui savent la saisir. L’histoire retiendra donc que le Cameroun a remporté pour la première fois la CAN féminine en 2026. Elle retiendra également que Samuel Eto’o était à la tête de la FECAFOOT au moment de ce sacre. Cela ne signifie pas qu’il est personnellement l’auteur de chaque but, de chaque arrêt ou de chaque victoire. Une fédération ne joue pas sur le terrain. Mais un président est responsable d’un environnement, d’une organisation, d’une vision et des choix qu’il effectue. Il serait donc aussi excessif de lui attribuer seul cette victoire que de lui attribuer seul les échecs précédents. Le leadership doit être jugé avec recul. Les succès doivent être salués et les insuffisances doivent être corrigées. Il faut laisser les egos de côté et regarder le football camerounais avec davantage de hauteur.

Cette coupe ne doit surtout pas devenir l’arbre qui cache la forêt. Il reste beaucoup de travail. Les infrastructures, la formation, les compétitions nationales, l’arbitrage, la gouvernance, la stabilité institutionnelle et la professionnalisation du football féminin demeurent des chantiers importants. La victoire des Lionnes doit être le début d’une nouvelle exigence et non la fin du débat. Le Cameroun a gagné une coupe. Il faut savoir le célébrer. Mais après la fête, il faudra retourner au travail. Car le véritable enjeu n’est pas seulement de gagner une fois. Il est de construire les conditions qui permettront de gagner encore. Et peut-être que la plus belle réponse à ceux qui affirmaient autrefois « Tant que Samuel Eto’o est là, on ne gagnera rien » n’est finalement pas une phrase. C’est cette coupe. Elle est là. Elle parle. Et pour une fois, laissons le football avoir le dernier mot.

 

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