Ce 8 janvier 2026, c’est bien lui, le président Paul Biya, qui avance avec le calme qu’on lui connaît, à l’image de ceux qui ont longtemps conversé avec le temps. Le regard perçant, silencieux, un silence qui porte le poids des jours et la mémoire des heures. Rien n’est brusque dans sa démarche, rien n’est laissé au hasard. Chaque pas paraît inscrit dans un destin patiemment tissé, solidement ficelé par l’histoire et l’endurance. Le Président apparaît ainsi, sans éclat tapageur, mais avec cette gravité tranquille qui impose le respect, tel un homme qui sait où il va, même lorsque le monde s’interroge encore sur la route. Dans cette lenteur maîtrisée, il y a une forme de romantisme politique rare ; celui d’un chef qui traverse les saisons, affronte l’usure du pouvoir et demeure debout, fidèle à sa posture, fidèle à son rôle. Son regard ne cherche pas l’approbation immédiate ; il scrute, observe, mesure. Il avance porté par une conviction intime, presque secrète, que le temps finira toujours par révéler le sens des choix posés.

C’est dans cette atmosphère, à la fois grave et feutrée, que s’inscrit la journée de ce jeudi 8 janvier, a marquée par la présentation solennelle des vœux du corps diplomatique et des corps constitués nationaux au Président de la République, Paul Biya, conformément à une tradition bien enracinée dans la vie institutionnelle camerounaise. Comme à chaque apparition officielle du chef de l’État, l’événement a suscité une attention particulière, presque une curiosité collective, comment allait-il apparaître, quel serait son état de santé, quels détails protocolaires ou humains retiendraient l’attention ? Les écrans étaient scrutés, les gestes observés, les silences interprétés. Le Président est apparu fidèle à lui-même. Visiblement affaibli par le poids des années, mais étonnamment lucide, présent, maître de son temps et de son espace. Il reconnaît ses collaborateurs, les appelle par leurs noms, échange quelques instants de causerie, puis lit son discours avec régularité, bienveillance et sans hésitation. Aucun flottement, aucun trouble notable. Une scène rare, presque inédite, qui force l’admiration autant qu’elle interroge. L’homme demeure endurant, solide dans l’épreuve du temps, porté par une longévité politique hors norme. Mais au fond, ce n’est pas cela qui surprend réellement les Camerounais. Car au-delà de la cérémonie, des salutations officielles et des formules de vœux, santé, paix, prospérité, bonheur, réussite pour les familles et pour la Nation, l’attente populaire reste ailleurs. Elle est suspendue à une seule question, lancinante, persistante ; celle du prochain gouvernement.

Les vœux adressés au Président, respectueux et parfois marqué d’affection filiale, traduisent aussi une impatience profonde. La jeunesse, en particulier, supplie, espère, réclame des emplois, des perspectives, un avenir tangible. Elle rappelle les promesses faites, les espoirs renouvelés à chaque mandat, et attend que ces paroles trouvent enfin une traduction concrète. Dans les agitations qui accompagnent cette nouvelle année, reviennent les mêmes préoccupations : le stade d’Olembé inachevé malgré les milliards engagés, le désordre persistant dans le sport, l’état dégradé des routes, les villes envahies par les ordures, la faible promotion de la production locale, les difficultés du réseau et les défaillances d’Eneo. Autant de maux du quotidien qui contrastent avec la solennité des salons du Palais de l’Unité. Les Camerounais souhaitent être mieux servis en 2026 qu’ils ne l’ont été l’année précédente. Ils attendent des actes forts, des décisions claires, un signal politique. Dans cette atmosphère mêlée de respect, d’espérance et de lassitude, certains gestes symboliques émergent. Un jeune artiste portraitiste, Manga Jean Christian, souhaite remettre au Président un portrait réalisé en son honneur, comme témoignage de reconnaissance et de patriotisme. A travers cet acte artistique, il exprime aussi une aspiration plus large ; celle de voir la jeunesse et la culture trouver leur place dans les politiques publiques, dans un gouvernement renouvelé, attentif aux talents et aux énergies créatrices du pays. Ainsi, derrière les vœux officiels et les bénédictions adressées au chef de l’État, qu’on souhaite longévité, sagesse et compassion dans la conduite des affaires, se dessine une attente claire, presque unanime.

Les Camerounais n’attendent plus seulement des mots. Ils attendent un gouvernement. Ils attendent des réponses. Ils attendent que le temps politique cesse de s’étirer indéfiniment. Car, au bout du compte, l’homme est sa parole, et l’année nouvelle ne prendra tout son sens que si elle ouvre enfin la voie à des changements visibles et partagés. Eh bien voilà, l’image demeure. Celle de l’homme-lion. Toujours là. Debout pour lire ses discours, assis pour observer le monde qu’il a vu changer sous ses yeux. Le corps porte les marques du temps, mais l’esprit reste en éveil, attentif, tactique et stratégique. Rien ne semble improvisé. Tout paraît avoir été pensé bien avant l’entrée dans l’âge mûr, comme si chaque étape avait été préparée, patiemment rangée dans les tiroirs d’un destin longuement médité.

Il y a dans cette présence une forme de constance presque romanesque ; celle d’un homme qui a traversé les saisons politiques sans jamais quitter la scène, regardant passer les générations, tenant la barre avec lenteur et méthode. Il observe plus qu’il ne parle, il écoute plus qu’il ne promet, et laisse au temps le soin de révéler ses intentions. L’homme est là, encore debout, fidèle à son rôle, fidèle à sa posture. En tout cas l’homme est là. Oui l’homme président est là, pareil à un veilleur ancien, regard posé sur l’horizon d’un pays qu’il connaît par cœur. comme dirait un écrivain, l’homme est là comme un livre ancien que le temps n’a pas refermé, mais patiné. Ainsi s’achève ce moment solennel, entre attente et espérance. Le lion ne rugit plus ; il veille. Et pendant que le pays retient son souffle, il observe, immobile en apparence, mais pleinement conscient que l’histoire, elle, continue d’avancer. Les lions indomptables aussi.

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