Le pari coûteux du boycott de 2020
En 2020, Maurice Kamto fait le choix de boycotter les élections législatives et municipales, arguant que les conditions d’un scrutin libre et équitable n’étaient pas réunies. Si l’argument peut se défendre, la méthode, elle, a soulevé de vives critiques. Des centaines de candidats du MRC, mobilisés, formés, et prêts à représenter leurs localités, ont vu leur espoir balayé par une décision unilatérale. Ce choix stratégique, non débattu à la base, a non seulement privé le parti de toute présence institutionnelle, mais a aussi brisé l’élan de nombreux jeunes cadres. Le coût humain et politique d’une telle décision continue de peser lourdement sur la trajectoire du MRC.
Un leadership solitaire qui étouffe la collégialité
Depuis la création du MRC, la gouvernance interne du parti semble reposer presque exclusivement sur la volonté de Maurice Kamto. Les grandes décisions émanent de lui seul, sans réelle consultation démocratique ni débat structuré. Cette hyper-centralisation du pouvoir étouffe la pluralité des voix, inhibe les ambitions internes, et empêche l’émergence d’un leadership collectif. En ne préparant aucune relève crédible, Kamto expose son parti à une fragilité politique majeure : celle d’un appareil qui ne vit que par, et pour, son chef.
Des militants sacrifiés sur l’autel de la contestation
Au lendemain de la présidentielle de 2018, Maurice Kamto conteste les résultats proclamés et appelle à des manifestations contre ce qu’il qualifie de « hold-up électoral ». Si ce geste fut courageux pour certains, il a laissé un goût amer à d’autres. Des dizaines de militants ont été arrêtés, emprisonnés, parfois torturés. Pendant ce temps, leur leader multipliait les déplacements à l’étranger, rencontrant la diaspora et les médias. Ce contraste entre l’exposition du militant de terrain et la relative protection du leader a cristallisé un sentiment d’abandon parmi une partie de la base.

Une obsession présidentielle au détriment du terrain
Depuis sa défaite à la présidentielle de 2018, Maurice Kamto semble concentrer toutes les énergies du MRC sur un objectif unique : la magistrature suprême. Ce tropisme présidentiel empêche le parti d’investir les échelons intermédiaires du pouvoir local. En refusant les municipales, les législatives, et les régionales, le MRC reste absent des arènes où se construisent la légitimité, la proximité avec les citoyens et l’expérience de gouvernance. Une stratégie qui fragilise durablement l’ancrage territorial du parti et le réduit à une structure d’attente, suspendue au seul destin de son président.
Un parti-personne : quand l’image prend le pas sur la structure
Le MRC apparaît aujourd’hui comme une formation politique dont l’image est indissociable de celle de Maurice Kamto. Ses discours, ses arrestations, ses apparitions médiatiques forment le cœur de la communication du parti. Les autres figures, pourtant nombreuses et compétentes, sont reléguées à l’arrière-plan. Ce culte implicite de la personnalité transforme le parti en caisse de résonance d’un seul homme, au lieu d’un espace d’intelligence collective. En politique, un parti trop centré sur son fondateur devient un véhicule de ses ambitions personnelles plus qu’un projet de transformation durable.
Kamto, entre légitimité contestataire et isolement stratégique
Il serait injuste de nier à Maurice Kamto sa légitimité dans la critique du régime en place ou son courage dans l’arène politique. Mais force est de constater que son leadership souffre d’un double déséquilibre : trop vertical à l’intérieur, trop fermé à l’extérieur. Son isolement vis-à-vis des autres partis d’opposition, sa gestion autoritaire des divergences internes, et son refus des compromis tactiques, dessinent le portrait d’un chef plus préoccupé par son image que par une victoire collective. Or, un homme d’État ne se contente pas d’incarner une espérance : il doit aussi savoir construire, déléguer, rassembler – et faire gagner les autres avec lui.








