Mag-Afriksurseine-Mars-2024

MAROC- CAMEROUN : L’ILLUSION D’UN ENCADREMENT DANS UNE COMPETITION DE HAUT NIVEAU

L’aventure du Cameroun s’est arrêtée hier soir face au Maroc, après avoir pourtant fait naître, par instants, l’espoir d’un exploit. Les Lions Indomptables se sont battus avec courage, mais le verdict du terrain rappelle une vérité souvent difficile à accepter ;  le football de haut niveau ne s’improvise pas. Dire que le Cameroun a  » bien joué  » relève davantage de l’émotion que de l’analyse froide. Il a joué comme il pouvait, avec ses forces, ses limites et surtout ses manques. A ce niveau, l’engagement et la volonté ne suffisent plus ; la rigueur tactique, l’anticipation et l’expérience font la différence. Le Cameroun n’a jamais véritablement posé son jeu offensif. L’absence de tirs cadrés tout au long de la rencontre est un indicateur implacable. Avant même d’évoquer le penalty contesté, une question essentielle s’impose ; comment prétendre gagner un match de cette envergure sans se montrer réellement dangereux devant le but adverse ? Le penalty, qu’il soit jugé flagrant ou non, ne peut masquer les insuffisances collectives observées durant la rencontre. On ne construit pas une victoire sur un seul fait de jeu, encore moins sur un espoir nourri par la polémique.

Manque d’anticipation, déficit d’expérience et leçon à retenir

Sur le plan tactique, le Cameroun a cruellement manqué d’adaptation. Lorsque le milieu de terrain est verrouillé, comme ce fut le cas hier, l’intelligence de jeu impose des alternatives ; élargir par les couloirs, varier les circuits de passes, utiliser les défenseurs pour relancer et déséquilibrer le bloc adverse. Or, les Lions ont persisté dans un jeu axial stérile, multipliant les tentatives vouées à l’échec, sans réelle remise en question. Les libéros semblaient hésitants, presque bridés, comme s’ils n’avaient reçu qu’une seule consigne ; repasser systématiquement par le milieu, malgré l’évidence du blocage. Ce manque de solutions traduit un déficit d’anticipation sur le banc de touche. Le football moderne est une science du jeu, pas une simple affaire de discipline ou d’autorité. On ne peut confondre rigueur militaire et intelligence tactique. L’expérience, à ce niveau, ne se limite pas à l’âge des joueurs ; elle concerne aussi la capacité de l’encadrement à lire un match, à corriger rapidement, à surprendre l’adversaire. De ce point de vue, le Cameroun a payé le prix fort de son inexpérience. L’arbitrage a également cristallisé les frustrations. Beaucoup estiment que certaines décisions ont pesé lourdement sur le déroulement du match. Mais là encore, la sagesse impose de ne pas réduire la défaite à l’arbitre. Un arbitre mauritanien ne pouvait pas donner l’avantage au Cameroun. La Mauritanie est un pays vassal du Maroc. Le Maroc est vénéré en Mauritanie comme Paris éblouit l’Afrique. Un Mauritanien préfère vivre au Maroc plutôt qu’en France ou en Amérique. En choisissant un Mauritanien pour cette rencontre, c’est comme si on avait demandé à un Marocain d’arbitrer. Moi, j’ai su très tôt que c’était fini. J’ai vécu quatre ans en Mauritanie et un an au Maroc pour savoir de quoi je parle. Les grandes équipes savent gagner malgré les décisions défavorables. Se réfugier exclusivement derrière l’arbitrage, c’est refuser d’affronter nos propres insuffisances structurelles.

Honneur, responsabilité et avenir

Il faut cependant saluer le courage des joueurs. Pour une équipe constituée à quelques jours d’une grande compétition, le Cameroun n’a pas été ridicule. Les Lions ont montré de la détermination, de l’envie et une solidarité qui mérite le respect. Ils ont offert des moments de fierté et rappelé que le potentiel existe. Mais le potentiel, sans vision claire et sans gouvernance cohérente, reste une promesse inachevée. Le football camerounais traverse depuis trop longtemps une phase de populisme et de désordre, avec les mêmes pratiques et les mêmes responsables, sans remise en question profonde. La rage de vaincre qui caractérisait les grandes équipes des années 80 semblait absente, remplacée par une illusion de combat sans réelle maîtrise. Pourtant, l’avenir reste entre les mains de ces jeunes joueurs, à condition qu’ils soient mieux encadrés, mieux préparés et protégés par une organisation à la hauteur de l’histoire du football camerounais. Bravo aux Lions Indomptables pour leur engagement. Ils ont tout donné. Il leur a simplement manqué ce supplément d’intelligence, d’imagination et d’expérience qui vient du banc et de la structuration globale du jeu. Que cette élimination serve de leçon. Le Cameroun ne manque ni de talent ni de passion. Ce qu’il lui faut désormais, c’est une vision claire, une stratégie cohérente et le courage de réformer en profondeur. L’union fait la force, mais seule la lucidité permet de gagner.

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