Mag-Afriksurseine-Mars-2024

LES MARCHEURS D’AFRIQUE : DU GABON AU BURKINA A PIED PAR LES SENTIERS DU CAMEROUN ET DU NIGERIA

 

Sur notre continent, nombreux sont les hommes qui gardent en eux le souffle du vent, porteur des échos des anciens Bantous. Depuis l’aube des temps, nous le savons, l’Afrique, berceau des peuples, est la terre originelle des marcheurs, ceux qui ont, pas après pas, dessiné leurs chemins sur le vaste monde. Jadis, au Cameroun, nous suivions Jules Kom Kom, figure légendaire des marches que l’on croyait impossibles, et à qui j’ai consacré un ouvrage, Sur les pas de Jules Kom Kom. Aujourd’hui, deux Gabonais viennent rappeler que leurs ancêtres aussi, depuis les sables de l’Égypte antique, ont foulé les sentiers du monde. Mais aujourd’hui tout indique que c’est  l’odyssée des marcheurs de la fraternité.

Ces voyageurs d’exception ont pour noms Sthemy Manuel Vinga, enseignant d’Éducation physique et sportive, Blendis Kouelengoye Moussounda et Phanuel Pambou Mbadinga. Sur leur passage, la magie opère : chauffeurs, paysans, badauds… tous tendent l’oreille, offrent un sourire, parfois un ravitaillement. Les routes qu’ils empruntent sont étroites, sinueuses, parfois périlleuses, mais toujours bordées de paysages à couper le souffle. Sthemy, à la tête de ce trio, avance comme un athlète façonné par l’exigence du haut niveau. Déjà,  il faut annoncer que  j’ai été sollicité pour immortaliser son odyssée dans  un livre qui paraitra à la fin de leur périple, comme jadis celui  de Jules Kom Kom.

Nous écrirons toujours ces  pas qui racontent l’Afrique. Aujourd’hui, ces fils du Gabon devenus des fils de l’Afrique  marquent   leur passage par des images, réalisant des films qui préservent la mémoire des traditions. Avec Afriksurseine, leur regard se fait plume et objectif : de ces chroniques naîtra un livre, une fresque d’horizons lointains et de cultures méconnues. Leurs pas les mènent dans les coins les plus reculés du continent, infiltrant parfois les villes les plus dangereuses, du Nigeria au Bénin, pour raconter des vies hors du commun et témoigner des réalités sociopolitiques africaines. c’est d’ailleurs aujourd’hui qu’ils entament cette aventure sur les routes  du Sahel. Mais cette marche se veut aussi comme  un acte politique, un serment de fraternité. Sthemy l’annonce : il s’agit de soutenir les présidents de l’Alliance des États du Sahel (AES) engagés pour la souveraineté et le panafricanisme. La marche pour l’Afrique souveraine. L’émotion est vive, les encouragements nombreux, les prières aussi : « Je leur envoie des énergies positives et plein d’affection », confie un sympathisant. Vendredi prochain, la grande marche débutera à Bitam, au nord du Gabon.

Quatre à cinq mois pour parcourir environ 3 050 kilomètres, à raison de 30 à 35 kilomètres par jour, traversant Cameroun, Nigeria, Bénin, avant d’entrer au Burkina Faso, cœur battant de l’AES. Sthemy rêve de rencontrer le capitaine Ibrahim Traoré, ainsi que le colonel Assimi Goïta et le général Abdourahamane Tiani, qu’il considère comme des pionniers d’une Afrique libre. Sans autorisation officielle mais sans refus non plus  « Qui ne dit mot consent », plaisante-t-il, les « marcheurs de la fraternité » s’élancent, inspirés par les idéaux de Thomas Sankara. Pour Sthemy, cette marche est un acte de foi. Elle transcende l’exploit physique : c’est un appel à l’union et à la solidarité entre peuples, dans une Afrique où les enjeux de souveraineté et de sécurité sont plus brûlants que jamais.

Ce n’est pas la première fois qu’il foule le bitume pour une cause. En juin 2024, il menait la « marche de la félicité » entre Mouila et Libreville, 431 km pour soutenir la prise de pouvoir du général Brice Clotaire Oligui Nguéma et du CTRI, le 30 août 2023. Aujourd’hui, c’est une marche titanesque qui s’annonce. Et nous leur souhaitons de la mener à terme, portés par l’Histoire et la fraternité et nous pourrons encore dire « allez les courageux africains au rythme des pas, pour le  souffle de l’Histoire. » De Bitam, première ville gabonaise aux portes du Cameroun, jusqu’au Burkina Faso, en traversant le Cameroun, le Nigeria et le Bénin… qui sait si ce n’est pas là que commence le long chemin vers la liberté africaine !

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