Mag-Afriksurseine-Mars-2024

LE PROFESSEUR CHARLES BINAM BIKOI : LE GARDIEN DES MOTS ANCESTRAUX HONORE A YAOUNDE

 

Le 18 novembre 2025, Yaoundé a été le théâtre d’un hommage vibrant rendu au Professeur Charles Binam Bikoï, éminent spécialiste des civilisations anciennes et maître incontesté de la tradition orale africaine. La cérémonie, présidée par Joël Célestin Bobo, responsable du Centre de Lecture, d’Initiation et d’Information à la Lecture, s’est inscrite dans le cadre de la 3ᵉ édition d’Univers Littéraire couplée à la 33ᵉ Journée internationale de l’Écrivain Africain. Cet événement a permis de célébrer une personnalité dont le travail contribue, depuis des décennies, à redonner souffle, dignité et visibilité aux langues et cultures du continent.

 

Un hommage mérité à un gardien des mémoires africaines

Le Professeur Binam Bikoï représente une figure centrale dans l’intelligentsia camerounaise et africaine. À travers ses publications, ses recherches et son engagement, il s’emploie à revitaliser les traditions orales, à documenter les fondements culturels anciens et à préserver les mots, les récits et les rythmes qui composent l’identité profonde des peuples d’Afrique. Les félicitations qui lui ont été adressées résonnent comme un encouragement à poursuivre cette œuvre essentielle ; donner vie à nos langues, préserver notre héritage, et peut-être, demain, impulser la création d’une langue nationale camerounaise d’essence camerounaise, issue de notre propre matrice culturelle.

 

Le modèle ghanéen : un exemple stimulant pour l’Afrique centrale

Dans cette dynamique de renaissance linguistique, l’exemple du Ghana est particulièrement inspirant. Le pays a récemment adopté une réforme éducative ambitieuse : désormais, la langue maternelle devient la langue principale d’enseignement dans les premières années scolaires. De la maternelle jusqu’à la troisième année du primaire, les élèves apprennent à lire, écrire et comprendre dans leur langue locale- qu’il s’agisse du twi, de l’ewe, du dagbani, du ga ou d’autres idiomes nationaux.

Les objectifs sont clairs : renforcer l’identité culturelle des enfants ; améliorer la compréhension et l’assimilation des connaissances ; offrir un apprentissage plus naturel et ancré dans le milieu de l’enfant. Cette politique, saluée par de nombreux enseignants, pédagogues et linguistes, apparaît comme une affirmation de la souveraineté culturelle africaine. Elle rappelle que l’éducation n’est réellement efficace que lorsqu’elle s’enracine dans le vécu, la langue et l’imaginaire de l’apprenant.

 

La langue, l’esthétique et l’identité : la mission culturelle d’une jeunesse africaine

Dans un contexte où les représentations évoluent, la maîtrise des langues et la valorisation des esthétiques africaines deviennent des marqueurs essentiels d’identité. Ainsi, une jeune femme appelée à représenter une communauté- par exemple dans le cadre d’un concours ou d’une fonction culturelle – doit pouvoir incarner la richesse de son héritage. Aujourd’hui, parler couramment le français, l’anglais, l’allemand et surtout sa langue d’origine constitue une force, un signe d’excellence et un atout pour qui prétend défendre les valeurs de son département ou de son pays. De même, la revalorisation des cheveux crépus et des coiffures africaines, inscrits dans une perspective moderne, représente un chantier identitaire majeur. Les esthétiques afro ne sont pas de simples tendances : elles sont l’expression d’une histoire, d’un art et d’une beauté que les nouvelles générations doivent préserver et réinventer.

 

Le CLIIC, un acteur engagé pour la littérature et les langues africaines

 

Quelques jours avant l’hommage rendu au Professeur Binam Bikoï, le Centre de Lecture, d’Initiation et d’Intégration à la Culture (CLIIC) organisait déjà la Journée Internationale de l’Écrivain Africain, célébrée le 7 novembre 2025 au Lycée Général Leclerc de Yaoundé. Cette célébration, devenue un rendez-vous incontournable, met à l’honneur les hommes et les femmes de lettres du continent, tout en interrogeant les défis actuels de la culture africaine. L’édition de cette année a accordé un focus particulier à la promotion des langues africaines, dans la droite ligne des préoccupations du Professeur Binam Bikoï. Celui-ci a d’ailleurs été désigné Écrivain à l’honneur, sa plume demeurant l’une des plus actives au service de nos idiomes et de leur transmission.

 

La dimension culturelle de l’événement a été renforcée par la présence de Dame Christelle Noah, Directrice Générale d’Eclosion et Vice-Présidente du Groupement des Acteurs des Industries Culturelles et Créatives, qui en était la marraine. Son engagement témoigne de la vitalité du paysage culturel camerounais et de la nécessité de soutenir les initiatives en faveur de la création littéraire et linguistique. vers une renaissance linguistique et culturelle africaine L’hommage rendu au Professeur Charles Binam Bikoï, le modèle ghanéen, les initiatives du CLIIC et les efforts des acteurs culturels convergent tous vers une même ambition ; réhabiliter nos langues, réinventer nos identités et offrir à la jeunesse africaine les outils pour se tenir debout dans le monde d’aujourd’hui. Valoriser nos langues, c’est affirmer qui nous sommes. Préserver nos cultures, c’est assurer notre continuité.
Et célébrer nos écrivains, c’est reconnaître que l’Afrique, riche de ses voix et de ses visions, a encore beaucoup à offrir au monde.

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