Mag-Afriksurseine-Mars-2024

LE PRESIDENT FRANCAIS EN CHINE : DIPLOMATIE TENSIONS ET SEDUCTION A CHENGDU

 

Emmanuel Macron a achevé le 5 décembre 2025 une visite d’État de trois jours en Chine, de Pékin à Chengdu, tentant d’équilibrer entre diplomatie stratégique et images symboliques. Dès son arrivée, il a été accueilli par son homologue chinois Xi Jinping dans le cadre solennel du Grand Palais du Peuple à Pékin, où se sont tenues des discussions portant sur des sujets majeurs pour l’avenir des relations franco-chinoises et européennes. L’enjeu était clair : dans un contexte de tensions croissantes entre la Chine et l’Union européenne – notamment sur le commerce, les déséquilibres commerciaux et la guerre en Ukraine – la France souhaitait marquer son rôle de pont, défendre le multilatéralisme, tout en rappelant ses intérêts économiques et géostratégiques. Quelques heures plus tard, le président français et sa femme Brigitte Macron ont quitté Pékin pour Chengdu, province du Sichuan, un déplacement rarissime – le signe d’un réchauffement diplomatique inhabituel.

 

Sur place, Xi Jinping a convoqué un programme moins formel mais lourd de sens ; une visite du barrage de Dujiangyan, un système d’irrigation vieux de plus de 2 200 ans, toujours en fonctionnement, classé patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette étape historique et symbolique a permis aux deux présidents de souligner l’ancienneté, la résilience et l’ingéniosité de la civilisation chinoise, tout en évoquant l’harmonie entre l’homme et la nature, un message fort dans un moment où environnement, climat et transition énergétique occupent une place centrale dans les discussions internationales.  Mais la visite n’a pas été seulement un retour sur la mémoire – elle visait aussi à jeter les bases d’un partenariat renouvelé. Lors de cette 4ᵉ visite d’État en Chine depuis 2017, 12 accords de coopération ont été signés, couvrant des domaines stratégiques comme l’énergie nucléaire, l’intelligence artificielle, les technologies vertes, l’agriculture, la démographie (vieillissement) et même la conservation des pandas. L’objectif affiché ;  renforcer les échanges bilatéraux, mais aussi inciter Pékin à rééquilibrer les flux commerciaux, faciliter l’accès des produits français au marché chinois, et sécuriser des chaînes d’approvisionnement – en particulier pour des secteurs sensibles comme les matières premières ou les technologies.  Sur le plan diplomatique, Emmanuel Macron a profité de ces rencontres pour plaider en faveur d’un multilatéralisme rénové, d’un dialogue constant entre puissances et d’une coopération internationale renforcée face aux crises mondiales,  qu’il s’agisse de la guerre en Ukraine, de la stabilité globale, des défis climatiques ou des déséquilibres économiques.

Il a appelé la Chine à user de son influence pour encourager un cessez-le-feu en Ukraine, en l’inscrivant dans une diplomatie de paix fondée sur la concertation. Si Xi Jinping n’a pas explicitement soutenu ces demandes, il a affiché sa volonté de dialogue et évoqué la coopération sur plusieurs dossiers internationaux (Ukraine, Palestine, climat). Malgré ces démarches, le voyage n’a guère débouché sur des engagements économiques massifs immédiats. Aucun méga-contrat n’a été annoncé — en particulier pas la commande très attendue d’avions de type Airbus, ce qui illustre les réticences de Pékin à s’engager pleinement dans une période de forte tension commerciale entre la Chine, l’Union européenne et les États-Unis. Cette retenue montre les limites de la « diplomatie des grandes promesses » : la Chine semble vouloir maintenir un certain équilibre stratégique, sans se compromettre dans des accords à long terme qui pourraient la lier trop fortement dans un contexte international instable.  Pour autant, la fin du séjour a pris des airs de parenthèse légère et populaire. À l’université du Sichuan, Emmanuel Macron a tenu des propos devant des milliers d’étudiants – accueilli comme une star – exhortant les jeunes à croire à l’Europe, au multilatéralisme, à la coopération scientifique et technologique, et à s’ouvrir au monde. Il a lancé un vibrant appel à ne pas « céder aux sirènes de la division » dans un monde secoué par les crises.  Le volet symbolique a été poussé jusqu’à la « diplomatie du panda » ;  pour sa part, Brigitte Macron a visité le centre de reproduction des pandas géants de Chengdu, où elle a retrouvé un panda nommé Yuan Meng , le premier panda né en France en 2017, aujourd’hui retourné en Chine.

 

Cela illustre le volet culturel et d’échanges entre les deux pays, tout en envoyant un signal de continuité dans la coopération environnementale et animale. Un accord a été signé,  ou du moins une lettre d’intention,  pour que deux nouveaux pandas soient envoyés en France en 2027, perpétuant cette tradition de « panda-diplomatie ».  Malgré le bon accueil, les photographies détendues et l’atmosphère conviviale de Chengdu, jogging dans un parc, thé au bord de l’eau, pandas, visites culturelles, la réalité reste que les ambitions de cette visite sont demeurées modérées. D’un côté, Macron a voulu rappeler que la France et, plus généralement, l’Europe, restent des acteurs majeurs sur la scène internationale, capables de dialoguer avec Pékin sans sacrifier leurs principes. De l’autre, la Chine a préféré rester prudente, accordant des coopérations techniques et symboliques, tout en évitant des engagements stratégiques risqués. Ce voyage marque probablement le début d’une phase pragmatique : où la diplomatie,  comme l’a dit Macron,  se conjugue avec des intérêts économiques, sans illusion mais avec lucidité. Il s’agit moins d’un rapprochement romantique que d’un recalibrage des relations franco-chinoises dans un monde instable, en mutation accélérée, où le prix de l’influence vaut plus que les promesses. À l’issue de cette visite, l’Europe et la France gardent une porte ouverte vers la Chine – mais c’est à Pékin de décider, à travers les actes, s’il souhaite l’emprunter.

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