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Le Conseil constitutionnel a rendu son verdict, la messe est dite, et si le chemin semble tracé, une vérité fondamentale demeure : le Peuple en a ras-le-bol. Mais contre qui cette exaspération est-elle dirigée ? Certainement pas contre le Patriarche lui-même. J’utilise ce terme en pleine conscience, car il correspond au statut d’un homme qui, fort de son âge et de son expérience, est devenu un monument politique et un héritage culturel vivant. C’est un guide stratégique, non sans ses erreurs, mais dont la légitimité historique ne peut être balayée d’un revers de main. Soyons honnêtes : notre aspiration à un Cameroun nouveau est grande et légitime, mais nous ne sommes pas encore mûrs pour accueillir le Thomas Sankara Camerounais que nous espérons. ​Le Peuple est las, oui, mais il est surtout las de la corruption systémique et de la prédation des Hauts Fonctionnaires Détourneurs de Fonds. C’est là que se trouve le véritable coupable.

 

Le Président Biya est, à bien des égards, la victime d’un abus de vieillesse, un écran derrière lequel se cachent ceux qui font porter le chapeau au sommet de l’État. La victoire proclamée aujourd’hui ne lui appartient pas : elle est celle d’une oligarchie qui s’est maintenue par la force de ses réseaux. ​L’échec de l’opposition, incarnée ici par l’ancien ministre Issa Tchiroma, est éloquent. Il n’a pas perdu contre le Président Biya, mais face à la victoire éclatante des élites détourneuses dont il fut jadis un membre. Être naïf serait de croire qu’il aurait pu faire mieux sans changer de copains, mais seulement de camp. Cette vérité est dure, mais elle est celle de l’histoire, et l’histoire, même dans ses trahisons les plus célèbres, offre toujours une suite amère. Maintenant que le verdict est tombé, cessons de chercher un seul bouc émissaire. Le Cameroun nous appartient à tous, et un peuple a les dirigeants qu’il mérite. Il est temps de prendre conscience de l’ampleur de la tâche : nous avons un chemin long à parcourir pour reconstruire les mentalités. Que chacun fasse sa part, et que vive la Terre de nos Ancêtres.

Coretta FORCIN. Essayiste sociale, 

diplômée en communication.

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