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Kola Sucré avait pris le MMA au premier degré, avec la foi d’un débutant et l’illusion qu’il suffisait d’y croire. Mais à chaque combat, il comprend que les combattants qui sont devant lui  ne plaisantent pas. Ils parlent en majuscules, frappent avec des points d’exclamation, et lui rappellent sans détour que la comédie n’était plus sur scène. Alors, lentement, combat après combat, il est passé au second degré par une  prise de conscience de la réalité. Car dans cette cage, ce n’est  plus un sketch : c’est l’action, brute.  Ancien comédien à l’humour bien piquant, il s’est lancé à corps perdu dans l’univers du MMA. Un monde où les blagues ne font pas rire, et où ce ne sont pas les rires qui font tomber, mais les crochets du gauche. Pensant y trouver la gloire (et surtout l’argent), il s’est retrouvé à collectionner les coups comme un philatéliste collectionne les timbres. D’abord, c’est un Nigérian qui l’a sérieusement réorganisé : dents déplacées, mémoire brouillée, fierté mise en transit. Mais Kola, tel un soldat du rire devenu gladiateur de fortune, est allé en Côte d’Ivoire pour « rehausser son image ». Spoiler : ce n’est pas le climat ivoirien qui l’a relevée. Et puis, arriva Serge Ndjock. Un nom doux, presque enfantin. Mais un poing d’adulte avec les factures de la vie. Après un seul coup, Kola s’est retrouvé étendu au sol, l’âme en vadrouille et les souvenirs embrouillés. Quand son entraîneur lui demande s’il va bien, il demande, confus :

 

– On est au stade Omnisports ou au Parc des Princes ?

– Tu viens de prendre un K.O., répond l’entraîneur.

– Contre le Nigérian ? – Non, contre un Camerounais débutant.

– Ah bon ? Bon, qu’on reprenne le combat alors…

– Combat fini, t’es tombé comme une mangue mûre.

 

Le clou du spectacle ? Il voit son adversaire jubiler et demande si c’est l’arbitre qui fête un anniversaire. Mais rendons à César ce qui appartient à César : il faut du courage pour monter sur un ring. Encore plus quand on vient de la comédie, là où les uppercuts sont verbaux, et les KO, des punchlines. Kola a tenté. Là où d’autres critiquent depuis leur lit, il est monté sur le ring, torse bombé et foi pleine. Il ne s’attendait peut-être pas à ce que la réalité soit aussi musclée que ses scénarios.

Ses détracteurs ? Souvent les voisins, les amis, les fans même, qui oublient qu’avant d’apprendre à frapper, il faut apprendre à encaisser. Et Kola, il encaisse. Parfois de la main droite. Parfois du pied gauche. Mais il encaisse avec un courage que même Rocky applaudirait. Et pourtant, dans cette comédie tragique, certains lui crient :

 

– Reviens à la comédie !

– Tu nous faisais rire sans prendre des claques.

Là, c’est toi qu’on regarde tomber et ça nous fait pas rire, hein ! Un autre ajoute :

– Même dans tes films, tu frappais tout le monde. Tu pensais que c’était vrai ? MMA, ce n’est pas un scénario. Ici, si tu oublies ta ligne, c’est l’autre qui t’aligne. Mais Kola, même K.O., reste debout dans nos cœurs. Parce que dans un monde où beaucoup se contentent de rêver, lui, il a osé essayer. Peut-être qu’il reviendra à la scène, peut-être pas. Mais quoi qu’il arrive, il aura au moins tenté. Et puis après tout, la vie c’est comme un ring : tant qu’on peut encore se lever, on a pas perdu. Courage, Kola. La prochaine fois, c’est peut-être toi qui demanderas :

« C’est moi qui ai mis K.O. ? »

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