A la suite de la chute brutale du président Nicolás Maduro, une onde de choc a parcouru la planète. Au-delà des controverses sur la nature autoritaire ou illégitime de son régime, un fait domine désormais le débat, l’enlèvement présumé d’un président en exercice constitue une violation grave du droit international et une atteinte directe à la souveraineté d’un État. C’est dans ce contexte que Kamala Harris, ancienne candidate démocrate, s’est publiquement indignée. Selon elle, les actions menées par Donald Trump au Venezuela « ne rendent ni l’Amérique plus sûre, ni plus forte, ni plus abordable ». Une condamnation claire, qui ne cherche pas à blanchir le pouvoir vénézuélien, mais qui rappelle une évidence trop souvent oubliée, à savoir que l’illégalité d’un régime ne justifie jamais l’illégalité d’une agression extérieure.
Blanc bonnet, bonnet blanc, Le pétrole plutôt que le droit
Pour de nombreux observateurs, cette indignation, aussi légitime soit-elle, ne suffit pourtant pas à dissiper un malaise plus profond. Car au fond, qu’il s’agisse de Trump ou de Harris, le constat demeure amer, car la politique étrangère américaine semble suivre une même logique, indépendamment des alternances partisanes. Aujourd’hui le Venezuela, hier l’Ukraine, ailleurs encore d’autres théâtres de tension ; la méthode reste la même, fondée sur la pression, l’ingérence et la prédation. Cette continuité alimente une défiance croissante. L’Amérique, perçue autrefois comme un arbitre ou un modèle, apparaît de plus en plus comme une puissance qui se nourrit des crises qu’elle provoque. « Blanc bonnet, bonnet blanc », disent certains : les visages changent, la politique demeure. Car il ne s’agit ni de drogue ni de démocratie. Il s’agit de pétrole, d’influence et de rapports de force. Si la préoccupation réelle avait été la stabilité ou le respect des droits humains, pourquoi marginaliser l’opposition vénézuélienne dite légitime pour négocier avec des proches du pouvoir ? Pourquoi gracier, ailleurs, des acteurs condamnés, tout en brandissant la morale comme justification de l’intervention ? Cette contradiction affaiblit le discours officiel et renforce l’idée que la force prime désormais sur le droit. Capturer un président, le traiter comme un criminel ordinaire, sans cadre légal reconnu, ne relève pas de la justice internationale mais d’un acte assimilable à un banditisme d’État.
Une colère planétaire en gestation, La souveraineté comme principe non négociable
Cette brutalité ne menace pas seulement la stabilité du Venezuela. Elle fragilise aussi les États-Unis eux-mêmes et, au-delà, l’équilibre mondial. En multipliant les démonstrations de force, au Venezuela, mais aussi dans d’autres régions sous tension, Washington alimente une colère collective planétaire. Une colère qui ne distingue plus les administrations, mais vise un système perçu comme arrogant et sourd aux règles qu’il impose aux autres. Le peuple américain, lui-même, n’en veut pas. Fatigué d’être trompé, il voit des milliards engloutis, des troupes exposées, des régions entières déstabilisées, sans autorité légale claire, sans plan de sortie, sans bénéfice tangible pour les familles qui peinent à vivre. Qu’on apprécie ou non Nicolás Maduro, une question demeure centrale ; le sort d’un dirigeant, aussi contestable soit-il, relève d’abord de son peuple. Si les États-Unis convoitent les ressources du Venezuela, la voie légitime passe par la négociation, par des accords d’égal à égal, par le respect de la souveraineté nationale. Arracher par la force ce qui pourrait être discuté relève d’une logique de prédation, non de diplomatie. En ce sens, l’indignation exprimée par Kamala Harris apparaît comme un rappel salutaire de l’humanité et du droit. Mais elle souligne aussi, malgré elle, une vérité plus cruelle : tant que la politique étrangère américaine restera fondée sur la contrainte plutôt que sur le droit, les dirigeants passeront, la colère demeurera. L’enlèvement d’un président en exercice n’honore aucune nation. Il marque, au contraire, un dangereux précédent, celui d’un monde où la force s’arroge le droit de décider de tout, au mépris des peuples et des lois.
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