Au Bénin, le silence est parfois plus bruyant que le tumulte des foules. Le jeudi 5 juin 2025, ce silence a pris une forme brutale et inquiétante : l’interpellation de Julien Kandé Kansou, membre du parti d’opposition les Démocrates et Correspondant d’Afriksurseine au Benin, a résonné comme un coup de tonnerre dans l’atmosphère déjà lourde de l’espace politique béninois. Embarqué par six policiers en civil, sans mandat ni explication officielle, vers une destination toujours inconnue, l’homme n’est plus libre de ses mouvements. Et avec lui, c’est une idée de la liberté qui vacille. Julien Kandé Kansou, est un grand nom sur la carte de militant du parti « Les Démocrates ». Il est également la voix qui dénonce les injustices subies par son parti. Doté d’un regard clairvoyant sur la condition de nos nations africaines, il s’est toujours tenu du côté de la vérité. Journaliste respecté, homme de lettres et d’idées, jamais il ne s’est laissé entraîner par la violence ni l’invective.

C’est avec les mots qu’il s’est battu, avec des arguments, des propositions, des convictions. Il croyait encore, peut-être naïvement, que dans une démocratie, on pouvait dire sans trembler, qu’on pouvait critiquer sans disparaître. Hier encore, depuis Cotonou, il m’écrivait ces mots lourds de sens, peut-être prémonitoires : « Si le lionceau devait tuer tous les animaux de la forêt avant d’être roi, quand il le sera, il ne gouvernera que les arbres. En tout cas, quand le hibou n’a jamais rêvé d’être roi des oiseaux, aucun aigle n’a insulté ses yeux. Si vous voulez être chef, acceptez au moins qu’on vous dise ce que vous êtes. » Ces paroles, empreintes de sagesse, résonnent aujourd’hui comme le testament d’un homme qui savait ce qui l’attendait. Il avait confié ses inquiétudes : des lettres de menace, des pressions anonymes, ou pas si anonymes, des avertissements voilés lui intimant d’abandonner ses critiques envers le gouvernement. Mais Julien n’était pas de ceux qu’on fait taire à coups de peur.
Il croyait encore à la force des idées, à l’avenir du dialogue entre les peuples – lui qui avait proposé une voie de sortie honorable à la crise entre le Bénin et le Niger, dans le respect des valeurs de fraternité qui ont longtemps uni ces deux nations. Aujourd’hui, Julien Kandé Kansou est réduit au silence. Mais ce silence est une injustice qui crie. Car ce n’est pas un criminel que l’on arrête, c’est un citoyen exemplaire. C’est une conscience. C’est un homme de paix. Le parti Les Démocrates l’a clairement exprimé : cette arrestation est une atteinte grave aux principes fondamentaux de la République. Nous, la rédaction d’AfrikSurSeine, depuis Paris, nous nous joignons à cet appel. Nous exigeons, sans ambages, la libération immédiate de Julien Kandé Kansou. Arrêter un homme parce qu’il pense, parce qu’il parle, parce qu’il refuse de se soumettre à la pensée unique, c’est révéler au monde que le pouvoir tremble. Que le régime ne croit plus en ses propres forces que par la peur et la répression. Pourtant, aucun régime ne peut gouverner durablement sur les cendres de la liberté. Nous appelons la société civile, les journalistes libres, les défenseurs des droits humains, les voix africaines et celles d’ailleurs, à se mobiliser. Car aujourd’hui, c’est Julien Kandé Kansou. Demain, ce sera un autre. Et bientôt, ce sera chacun d’entre nous. Libérez Julien Kandé Kansou. Libérez la parole. Libérez l’Afrique de la peur.