La jeune fille passe son diplôme de médecine, et voilà qu’on réinvente tous les sortilèges pour jeter une ombre injuste sur son parcours. La médecine est une science exigeante, rigoureuse, à l’image des sciences de l’éducation. Elle ne relève pas de ce que l’on appelle parfois, avec une pointe de condescendance, les sciences dites « molles » comme la sociologie, la philosophie ou la communication. Non. La médecine est un savoir qui touche au cœur même de la vie humaine, à ce qu’il y a de plus concret, de plus sacré. Tout commentaire visant à dénigrer le mérite de son parcours n’est que pure absurdité, ou peut-être même la folie de ceux qui se prennent pour des gardiens d’un savoir qu’ils n’ont jamais su renouveler. Il est bon de rappeler que devenir médecin à 23 ans constitue déjà une première victoire éclatante, dans un chemin long, exigeant, et semé d’embûches.
C’est un accomplissement rare, qui témoigne d’une discipline, d’une résilience et d’un engagement remarquables. Certains affirment qu’elle n’a pas encore « terminé son école » ? Fort bien. C’est là, justement, toute la nature de la médecine : un apprentissage continu, une science en perpétuelle évolution. Elle est jeune, instruite, bien éduquée, et rien ne presse. La spécialisation viendra en son temps, avec la maturité et la volonté qu’elle a toujours su démontrer. Ce qui importe, c’est qu’elle avance, pas à pas, avec détermination, humilité et foi. Son cachet, qu’il soit provisoire ou définitif, ne modifiera en rien la vocation qui l’habite : soigner, soulager, comprendre. Et cela, aucun tampon administratif ne saurait en définir la profondeur. L’avenir est devant elle, vaste, lumineux, et elle y parviendra, car elle en a les qualités humaines, intellectuelles et morales. À entendre le professeur Bony, on pourrait croire qu’il est devenu l’alpha et l’oméga de la médecine camerounaise, l’autorité suprême du diagnostic national.

Mais permettons-nous une question simple : qu’a-t-il véritablement apporté à la science médicale ? Ce professeur Bonny exilé en Suisse qui à longueur de journée fustige la médecine camerounaise. A-t-il mis au point un vaccin ? Découvert une molécule révolutionnaire ? Proposé un protocole thérapeutique inédit ? Ou bien s’est-il, comme tant d’autres, contenté de réciter ce qu’on lui a enseigné, sans jamais sortir des sentiers battus ? On brandit son opinion comme parole d’évangile, alors que lui-même passe son temps à singer les références occidentales sur les réseaux sociaux. Il demeure pourtant un pur produit du même système qu’il critique, et si ce système est malade, alors il en porte lui aussi les stigmates. Être professeur n’est pas un brevet d’infaillibilité. Critiquer une jeunesse qui tente de s’élever au milieu des ruines, remettre en cause les fondements d’un système défaillant, c’est faire preuve d’une pauvreté de pensée que ce professeur, a toujours affichée. La jeune fille a réussi son parcours. Il faudrait l’encourager, l’accompagner, avec la bienveillance d’un véritable éducateur, et non la disqualifier à coups de jugements condescendants. Il a même été question d’un » recyclage » pour cette étudiante, sous prétexte qu’elle est la fille d’un homme d’État. Et alors ? Est-ce un crime d’être née quelque part ? Faut-il, pour mériter sa place, surgir du néant ? Ce raisonnement confond équité et vengeance sociale. Si elle bénéficie d’une opportunité, tant mieux : que ce savoir, enrichi dans certains endroits, puisse un jour servir. Ce qu’on appelle privilège peut devenir pont, tremplin, chance collective, si nous savons en faire bon usage.
Quant à cette peur que certains ressentent en observant nos facultés de médecine, elle ne devrait pas se transformer en attaque contre les étudiants, mais en appel à un sursaut national. Le problème n’est pas leur niveau, mais l’abandon dans lequel on les laisse évoluer. Et non, ce n’est pas le professeur Bony qui fera autorité sur la valeur de notre jeunesse, tant qu’il n’aura rien produit qui dépasse le carcan d’un programme hérité, figé et sans ambition. Il sert d’ailleurs les intérêts d’un autre pays. Il n’est d’aucune utilité pour le Cameroun. C’est un iconoclaste enfermé dans sa prétendue supériorité intellectuelle. Et ce n’est pas l’origine sociale d’une étudiante qui devrait fonder sa légitimité, mais bien son courage, son engagement, et sa capacité à grandir, à servir, dans l’esprit même du serment d’Hippocrate.
N.B : Cet article, que certains ont malheureusement mal interprété, se veut avant tout une dénonciation des attaques injustes émanant des réseaux sociaux, attaques qui réduisent la réussite d’une jeune fille méritante aux seuls privilèges supposés liés à la position de son père. Je condamne fermement cette lecture rétrograde et réductrice d’une société qui, sous couvert de revendications, oublie parfois le mérite individuel. Indira Baboke est avant tout une Camerounaise. Et ce qu’elle a accompli relève d’une réussite personnelle, brillante, que l’on se doit de saluer. Que cela soit bien clair : jamais mes écrits n’ont eu pour intention de remettre en question la valeur de cette jeune femme – que je ne connais d’ailleurs qu’au travers des réseaux sociaux – mais pour laquelle j’éprouve une profonde estime. Bien au contraire, c’est en toute conscience, et en mon nom propre, que je choisis ici de défendre son parcours avec sincérité et conviction.