Cette semaine, notre invité était Jehu Ndoumi, PDG YUNUS GROUP, que nous avons souhaité rencontrer afin d’évoquer son groupe et d’explorer les perspectives d’avenir.
Bonjour monsieur Jéhu Ndoumi. Nous vous remercions chaleureusement d’avoir accepté de nous accorder cette interview exclusive. Le Groupe Yunus attire une attention croissante, en Afrique comme en Europe et aux États-Unis, tant par l’audace de ses initiatives et ses projets en faveur de l’inclusion financière que par certaines polémiques, notamment au Gabon. Aujourd’hui, nous souhaitons vous donner la parole afin de mieux comprendre votre vision et d’apporter un éclairage sur les faits.
Au-delà des éléments que vous venez de partager, pour commencer, pouvez-vous nous présenter le Groupe Yunus ?
Le Groupe Yunus est une holding internationale basée au Luxembourg et en Belgique, active dans l’ingénierie financière, le négoce des matières premières, et les partenariats public-privé. Notre mission est claire : utiliser la finance mondiale comme levier pour le développement social et économique, en particulier en Afrique. Nous sommes à la fois un catalyseur de financements structurés (via instruments bancaires, SPV) et un acteur inclusif avec des solutions de microassurance, microcrédit, fintech, et blockchain (YunusPay, YunusCoin, Wee-Work). Notre présence couvre l’Europe (Luxembourg, Belgique, France,) le Canada, l’Afrique (Cameroun, RCA, Cap-Vert, Sénégal, Côte d’Ivoire, Maroc, Congo…), et plus récemment les États-Unis avec de grands projets dans le pétrole et l’aéronautique.
Quelles sont les activités concrètes du Groupe Yunus dans le monde ?
Nous intervenons sur plusieurs axes :
En Afrique :
Cameroun : partenariat stratégique avec CAMPOST et la CNPS pour digitaliser les services financiers, lancer la microassurance, la plateforme YunusPay et CamTaxi. RCA : modernisation de la SOCAPOST et mise en œuvre de la Banque Postale en partenariat avec le gouvernement. Côte d’Ivoire : lancement du projet YunusMove avec GPD et Road International. Maroc : grands projets immobiliers à Casablanca (Regalia Towers) et Tanger (Brothers Towers), pour près d’1 milliard d’euros.
En Europe :
Luxembourg : siège social et hub financier. Belgique : négoce pétrolier et matières premières financières.
Aux États-Unis :
Californie : joint-venture pétrolière avec AA Oil and Gas LLC pour réhabiliter 19 puits et installer des raffineries modulaires (plan global de 200 M€). New York et Washington : mission stratégique avec le cabinet RK Adler & Associates et partenaires institutionnels (N D Preston LLC, SpaceFund) pour l’aéronautique, le spatial et les investissements.
En Amérique Latine :
Argentine et Pérou : joint-ventures dans l’énergie et les mines.
Vous parlez souvent de « stratégie de financement innovante ». Pouvez-vous l’expliquer ?
Yunus Group a développé un mécanisme innovant permettant de transformer les allocations pétrolières et autres actifs réels en lignes de financement bancaire mobilisables pour le développement des projets d’infrastructures en Afrique. Yunus dispose d’une activité de négoce de produits pétroliers et de matières premières financières au Luxembourg et en Belgique. Ses allocations auprès des raffineries et ses actifs miniers sont valorisés auprès de banques internationales. Le modèle Yunus repose donc sur l’utilisation d’instruments bancaires de couverture, émis par de grandes banques internationales via nos partenaires techniques et financiers, et leur valorisation auprès d’institutions financières servent à lever des financements injectés ensuite dans les projets de développement en Afrique. C’est une approche éprouvée qui nous permet de financer des projets d’envergure sans alourdir la dette souveraine des États, tout en apportant une rigueur de gouvernance.
Justement, au Gabon, l’implication de Yunus dans le Plan National de Développement de la Transition a suscité de nombreux débats. Pourriez-vous nous éclairer sur ce qu’il s’est réellement passé ?
Soyons clairs : aucun démenti officiel n’a été publié contre Yunus. Depuis la lettre du Secrétariat Général du Gouvernement gabonais en août 2024 jusqu’aux correspondances récentes du Ministère des Comptes Publics en avril 2025, nos propositions ont toujours été prises en considération par les autorités compétentes. Les rumeurs ont été alimentées par des adversaires ou des incompréhensions locales. Mais nous avons toujours agi dans la transparence et le respect des procédures. Yunus n’a jamais opéré en dehors d’un cadre institutionnel clair. Notre approche au Gabon, comme ailleurs, reste celle de la valorisation des ressources locales (pétrole, minerais) comme collatéral pour financer les infrastructures et les services sociaux. Il est important de souligner que nos démarches s’inscrivent dans une logique de partenariat responsable, validée étape par étape par les institutions concernées. Les projets que nous portons au Gabon ne sont ni improvisés ni imposés : ils résultent d’échanges techniques approfondis, d’analyses de faisabilité et d’un alignement avec les priorités nationales de développement. Ceux qui parlent de zones d’ombre oublient que tout montage financier de cette envergure exige un temps d’instruction, de conformité et de validation. Ce processus, loin de traduire une quelconque opacité, témoigne au contraire de notre volonté de travailler dans un cadre légal, contrôlé et bénéfique pour l’État comme pour les populations.
Toutefois, certaines voix rapportent que certains partenaires auraient exprimé des réserves concernant des engagements financiers qui n’auraient pas été pleinement honorés. Quelle est votre réponse à ce sujet ?
Le Groupe Yunus agit comme arrangeur et structurant de financements dans le cadre de partenariats public-privé (PPP) et de mécanismes financiers innovants. Dans ce rôle, nous travaillons avec plusieurs contreparties institutionnelles, financières et techniques. Certains projets nécessitent des délais réglementaires et bancaires qui ne dépendent pas uniquement de notre volonté. Par conséquent, il est inexact de réduire ces délais à des « promesses non tenues ». Notre responsabilité est de garantir la solidité et la crédibilité des montages financiers que nous proposons, afin d’assurer leur pérennité et leur conformité aux standards internationaux. Cette rigueur, parfois perçue comme une lenteur, constitue en réalité la meilleure garantie de succès à long terme pour les projets et pour les partenaires impliqués. Nous privilégions la transparence et l’exigence, convaincus que ce sont là les véritables fondations d’une coopération durable et mutuellement bénéfique.
Vous avez également reçu plusieurs distinctions. Pouvez-vous nous en citer quelques-unes ?
Avec plaisir. Je citerai notamment : Palme d’Or d’Investisseur de l’année au Tropics Invest Summit (2022). Grand Prix du Président du Cap-Vert. Prix de l’Innovation 2025 au Salon International des Paiements Électroniques de Ouagadougou. Ces distinctions sont une reconnaissance de notre rôle de pionnier dans la finance inclusive et l’innovation structurée. Au-delà de ces distinctions, nous voyons dans ces honneurs une responsabilité accrue : celle de continuer à tracer la voie, d’inspirer confiance et de prouver par l’action que l’Afrique peut être un laboratoire de solutions financières durables et exportables. Chaque prix reçu n’est pas une fin en soi, mais un encouragement à redoubler d’efforts pour bâtir un héritage qui allie performance économique, inclusion sociale et impact concret sur les populations.
Quel rôle joue la Fondation Yunus dans cet écosystème ?
La Fondation Yunus est le bras social et diplomatique du groupe. Elle agit sur deux plans : Inclusion sociale : programmes d’éducation sur le numérique, soutien aux jeunes entrepreneurs, financement participatif. Diplomatie économique : nous avons obtenu un statut diplomatique au Ghana pour renforcer notre coopération avec les États. La Fondation Yunus se veut ainsi un trait d’union entre l’innovation sociale et la coopération institutionnelle. À travers ses actions, elle s’attache non seulement à favoriser l’autonomie des communautés locales, mais également à instaurer un climat de confiance avec les gouvernements et les partenaires internationaux. Notre ambition est de démontrer que l’inclusion et la diplomatie économique ne s’opposent pas, mais se complètent, pour bâtir un modèle de développement durable et solidaire.
Quelle est la vision de Yunus pour les 5 prochaines années ?
Notre ambition est d’ériger Yunus en passerelle financière panafricaine, capable d’absorber plusieurs milliards de capitaux internationaux et de les transformer en projets concrets : infrastructures, énergie, fintech, agriculture, éducation. Nous voulons que le nom Yunus devienne synonyme d’espoir, d’accessibilité et de transformation sociale. Dans cette perspective, nous travaillons à bâtir un écosystème où investisseurs, États et communautés locales convergent autour d’une vision commune : celle d’un continent autonome, innovant et prospère. Chaque projet porté par Yunus aspire à créer un impact mesurable, à réduire les inégalités et à ouvrir de nouvelles perspectives pour la jeunesse africaine. Notre démarche se veut pragmatique et inclusive : transformer les flux financiers en leviers de croissance durable, au service d’une Afrique qui s’affirme comme un acteur majeur de l’économie mondiale.
Merci Monsieur Ndoumi pour cette interview riche en détails. Elle apporte un éclairage nécessaire sur vos activités et permettra, je l’espère, de dissiper les rumeurs et malentendus.
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