Mag-Afriksurseine-Mars-2024

CAMEROUN : IL FAUT RESPECTER LA DIGNITE HUMAINE DES PERSONNES INTERPELLEES

 

Depuis la proclamation des résultats,  le Cameroun s’enfonce dans un silence de peur, un pays où l’on n’a plus besoin d’armes pour étouffer les voix car,  la matraque et l’humiliation suffisent. On connait le cycle ; à  chaque élection, la même mécanique s’enclenche :  arrestations, tortures, humiliations publiques, et l’indifférence comme seule réponse du pouvoir. On filme la douleur, on expose la honte, comme si la souffrance d’un peuple était devenue un spectacle national.  La peur  gouverne. Et pendant que les cris s’élèvent dans les commissariats, le droit se tait, étranglé par ceux-là mêmes qui devraient le défendre. Le Cameroun traverse une période sombre de son histoire récente. Les  scènes de violence  reviennent, comme une blessure mal refermée. Des  humiliations publiques à longueur de journée, des tortures filmées et diffusées sans vergogne : autant de signes qui témoignent d’une dérive inquiétante et d’un affaiblissement moral de l’État. À longueur de journée, gouverneurs, préfets et sous-préfets paradent dans les rues, prétendant donner des leçons de morale. Pourtant, aucun d’eux ne semble trouver le courage de dire à leurs hommes en uniforme d’arrêter de publier ces vidéos qui avilissent la dignité humaine.

 

Depuis la proclamation des résultats, les rues se sont tues, étouffées par la peur. On avait conseillé aux jeunes de ne pas marcher et ils avaient raison. Car ceux qui tiennent le pouvoir y sont accrochés avec une férocité rare, prêts à tout pour le conserver. Dans les cours de gendarmerie ou de commissariats, des images circulent ; des citoyens torse nu, alignés comme du bétail, contraints de danser sous la menace. D’autres, blessés, sont forcés à chanter sous les rires de leurs bourreaux, pendant que la caméra tourne, exhibant au monde le spectacle d’une souffrance banalisée. Ce n’est plus de la répression, c’est une mise en scène de l’humiliation, une manière de briser l’être humain jusque dans sa dignité la plus intime. Comment peut-on parler de respect des droits de l’homme dans un pays où la douleur devient spectacle, où la torture se déguise en divertissement ?

 

Ces pratiques, indignes d’une République, révèlent le visage d’une armée qui a perdu son âme, d’une police qui a oublié sa mission de protection. L’humiliation du peuple n’a jamais été une solution politique. On l’a vu dans la crise du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ; l’humiliation n’a pas apaisé la colère, elle l’a nourrie. Résultat : des milliers de morts, des familles brisées, et une fracture nationale encore béante. Quand on filme un homme couvert de blessures, pieds nus, torse nu, contraint de danser pour amuser ses tortionnaires, on ne fait pas régner l’ordre ;  on tue la République. Où sont les institutions censées protéger les citoyens ? Comment peut-on prêcher la démocratie quand on foule aux pieds la dignité humaine ? Les mêmes autorités qui condamnent les violences coloniales tolèrent aujourd’hui celles exercées par leurs propres forces. Cette contradiction morale est abyssale.

 

Torturer un homme, c’est trahir la nation. Il ne s’agit plus ici d’un simple excès, mais d’un système d’humiliation organisé, d’une culture de l’impunité qui mine la confiance du peuple. Le Cameroun depuis quelques jours est devenu un théâtre de violence et de peur. Tout bien considéré, Issa Tchiroma n’a pas gagné, et il ne pouvait pas gagner. Son attitude, consistant à laisser la violence se prolonger, finira par se retourner contre lui, car ce pays est d’un cynisme redoutable. Le RDPC conserve depuis des décennies un électorat fidèle, enraciné dans les campagnes, sur lequel il s’appuie pour écraser toute concurrence. On ne peut pas prétendre, en un mois de campagne, défaire un système solidement enraciné  dans les villages, là où près de 60 % de la population camerounaise vit encore. Nous assistons aujourd’hui à un désordre politique et moral dont les innocents paient le prix, pendant que les ambitions s’entrechoquent au sommet.

 

Notre pays est une terre d’hospitalité, de culture et de dignité, où vivent des citoyens épris de paix et de justice. Dans certaines régions, l’opposition a remporté la majorité des voix, preuve que le peuple sait voter en conscience, qu’il peut choisir sans haine ni manipulation.  Il est temps que ceux qui gouvernent comprennent que la peur n’est pas un projet politique, que le silence imposé n’est pas la paix, et que la force ne remplacera jamais la justice. Les droits de l’homme ne sont pas un luxe importé de l’Occident ; ils sont l’essence même de notre monde. Les gouvernants passeront, mais les images de l’humiliation, elles, resteront. Elles hanteront l’histoire et rappelleront à la nation ce qu’elle ne doit plus jamais devenir. Il faut rendre à la police et à l’armée leur honneur premier, qui celui de  protéger, et non d’opprimer.

 

Parce qu’un pays ne grandit pas sur la peur, mais sur la dignité rendue à chaque être humain. En ces temps de tension et d’injustice, il faut garder la tête froide. Sortir dans la rue, c’est offrir sa chair à la matraque et son cri à l’oubli. La colère du peuple est légitime, mais elle ne doit pas se transformer en sacrifice inutile. Ceux qui tiennent le pouvoir se nourrissent du désordre pour justifier la répression ; il faut donc leur refuser ce spectacle. La véritable résistance aujourd’hui, c’est de rester debout sans se faire abattre, d’organiser sa voix autrement, de préparer un avenir où la justice ne se quémande plus, mais s’impose par la force du nombre, de l’intelligence et de la foi en un Cameroun meilleur.

 

 

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