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Le silence qui a entouré notre plume en ce 20 mai 2026 n’était ni un renoncement, ni une distance prise avec la mémoire nationale. Une violente attaque cybernétique ayant frappé notre plateforme nous avait momentanément éloignés du tumulte des retransmissions et de la ferveur numérique. Pourtant, même loin de Yaoundé, même privés du privilège de fouler les abords du Boulevard du 20 Mai, nos regards demeuraient suspendus au souffle du Cameroun. À travers les écrans, la Nation s’est offerte au monde dans l’éclat d’une communion rare. Le Cameroun, dans sa majesté républicaine, avançait comme un seul corps porté par une même pulsation intérieure. Et au cœur de cette grande fresque populaire, une silhouette retenait toutes les attentions. Debout, fidèle au rendez-vous de l’Histoire, le Président Paul Biya traversait la solennité du moment avec cette lenteur souveraine que donnent les longues fidélités au pouvoir et les rendez-vous répétés avec le destin d’un peuple. Le regard des Camerounais semblait alors chercher à voir de près leur  Chef d’État.  Parce qu’il y a dans cette présence quelque chose d’un repère ancien, d’une permanence presque symbolique dans une époque traversée de fractures, d’incertitudes et de fièvres sociales.

Sous les acclamations, au rythme des honneurs militaires et des pas parfaitement cadencés des unités défilantes, le premier magistrat de la République a une nouvelle fois imprimé sa marque sur cette célébration devenue, au fil des décennies, un miroir de la continuité nationale. Beaucoup auront cru à notre indifférence devant cette journée historique. Il n’en fut rien. Nos relais numériques, notamment sur les réseaux sociaux, ont porté chaque instant de cette célébration avec fidélité. Et pour inscrire à notre tour cette mémoire dans l’encre du temps, nous avons puisé auprès des confrères de la presse nationale ainsi qu’auprès des archives visuelles de la Présidence de la République, dont la qualité documentaire demeure une référence dans le récit institutionnel camerounais. Le Cameroun célébrait ainsi la cinquante-quatrième édition de sa Fête nationale de l’Unité.

Depuis cinquante-quatre années, le 20 mai demeure cette date où la République contemple son propre visage, avec ses espérances, ses blessures silencieuses et ses fidélités profondes. Héritière du référendum historique de 1972 ayant consacré le passage de l’État fédéral à l’État unitaire, cette journée continue de porter la charge symbolique d’une ambition nationale née du désir de faire peuple malgré les différences. Cette année, le thème consacré à l’unité nationale comme pilier de la défense et socle du développement du Cameroun résonnait avec une intensité particulière. Dans un contexte sous-régional instable, dans une Afrique centrale travaillée par les convulsions sécuritaires, le pouvoir camerounais a voulu rappeler que la stabilité demeure sa plus grande revendication politique. Derrière les fanfares, les uniformes impeccables et les démonstrations de puissance républicaine, c’est bien le discours de la cohésion qui cherchait à s’imposer comme une réponse aux tensions qui traversent encore certaines régions du pays. Yaoundé avait revêtu ses habits de capitale cérémonielle.

Les tribunes officielles débordaient d’autorités administratives, de dignitaires traditionnels, de représentants diplomatiques et de figures politiques venues assister à cette grande liturgie républicaine. Le Boulevard du 20 Mai ressemblait à un immense théâtre national où chaque mouvement, chaque salutation, chaque séquence du protocole semblait dialoguer avec l’Histoire. Puis vint le défilé. Long fleuve de discipline et de ferveur, il déroula sous le ciel de midi l’image d’un Cameroun multiple mais résolu à marcher ensemble. Les forces de défense y exposèrent leur modernité, leur organisation et leur loyauté institutionnelle. Les corps civils, eux, apportèrent les couleurs populaires de la République, cette énergie des foules qui transforme parfois les cérémonies officielles en véritables moments d’émotion collective. L’on retint également l’élan de fraternité sous-régionale incarné par la présence remarquée des forces armées tchadiennes. Leur prestation, saluée avec enthousiasme, venait rappeler que les peuples d’Afrique centrale partagent désormais des défis communs et des solidarités stratégiques que les crises contemporaines rendent chaque jour plus nécessaires.

Mais au-delà des démonstrations militaires et des chants militants, cette célébration laissait apparaître une vérité plus subtile. Le Cameroun demeure une terre de contrastes où l’unité se construit moins dans l’effacement des différences que dans la capacité à faire cohabiter les mémoires, les langues, les appartenances et les espérances. Plus de deux cent cinquante groupes ethniques, deux langues officielles, des sensibilités politiques parfois opposées, mais une même volonté de préserver l’idée nationale malgré les secousses du temps. Le 20 mai 2026 aura ainsi ressemblé à un long poème d’État récité devant le peuple camerounais. Un poème fait de symboles, de fidélités anciennes, de puissance institutionnelle et d’espérance renouvelée. Dans les clameurs du Boulevard du 20 Mai comme dans les lumières du Palais de l’Unité, le Cameroun a voulu montrer qu’il demeure debout, attaché à son destin commun, même lorsque les vents de l’époque cherchent à disperser les certitudes. Et tandis que tombait la nuit sur Yaoundé, la République a encore  vibré  des échos de cette journée. Comme si, l’espace de quelques heures, le pays tout entier avait choisi de croire à nouveau en la beauté fragile de son unité.

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