Vendredi 25 septembre 2026, à Bonanjo, quartier administratif et historique de Douala, quelque chose s’est donc mis en mouvement. Le Premier ministre, chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute, représentant le président de la République Paul Biya, a procédé à la pose de la première pierre du Kempinski Shekinah Palace Douala. Avec un investissement annoncé de 220 milliards de FCFA, une tour de 27 étages, plusieurs milliers d’emplois et surtout l’ambition d’installer au cœur de Douala un complexe hôtelier répondant aux standards internationaux, il faut regarder bien au-delà de la cérémonie. Il faut essayer d’imaginer ce que cette maquette, encore immobile aujourd’hui, pourrait représenter demain pour la ville et pour le Cameroun. Sur le plan protocolaire, plusieurs membres du gouvernement, les autorités administratives de la région du Littoral, des personnalités du monde économique et financier, des chefs d’entreprise, des partenaires ainsi que de nombreux professionnels des médias ont honoré l’événement de leur présence. Mais derrière le protocole et les discours, il y avait surtout une image, celle d’un bâtiment encore réduit aux dimensions d’une maquette, mais dont les proportions suffisent déjà à révéler l’ambition de ceux qui le portent.

Le projet est celui de Rodolphe Simo Kam et de son groupe, All Luxury Suites Group. Il faut commencer par rendre à l’entrepreneur ce qui lui appartient. Imaginer un complexe de cette dimension au Cameroun, mobiliser autour de cette idée des partenaires nationaux et internationaux et accepter d’engager plusieurs années dans sa réalisation relèvent d’une prise de risque entrepreneuriale considérable. Le Kempinski Shekinah Palace n’est pas conçu comme un simple établissement où l’on viendra passer une nuit avant de reprendre l’avion le lendemain matin. Le projet se veut beaucoup plus vaste. Sur près de deux hectares doivent s’élever 27 niveaux accueillant notamment 214 chambres et suites, 35 appartements hôteliers, environ 17 000 mètres carrés de bureaux de standing international, des restaurants, des commerces, des espaces de conférences et de réunions, une galerie d’art ainsi que différentes installations consacrées aux loisirs et à la remise en forme. C’est presque une petite cité verticale que l’on veut faire émerger au milieu de Bonanjo.

L’investissement annoncé, de l’ordre de 220 milliards de FCFA, donne la mesure du pari. Le chantier devrait s’étendre sur environ 36 mois. Quelque 3 000 emplois sont annoncés durant la phase de construction, tandis que plusieurs milliers d’emplois directs et indirects pourraient être liés à l’exploitation du complexe lorsqu’il entrera en activité. À travers cette infrastructure, c’est aussi une autre image de Douala que ses promoteurs cherchent à construire. Douala possède depuis longtemps les caractéristiques d’une grande métropole économique africaine. Son port, ses entreprises, ses banques, son industrie, son commerce et sa position géographique en font l’une des principales portes d’entrée de l’Afrique centrale. Mais une capitale économique ne se mesure pas uniquement à la quantité de marchandises qui transitent par son port ou au nombre d’entreprises qui y installent leurs bureaux. Elle se mesure également à sa capacité à recevoir le monde, à accueillir des investisseurs et de grandes conférences, à héberger des délégations internationales, à organiser des rencontres économiques majeures et à offrir aux entreprises des espaces professionnels correspondant aux standards internationaux.

C’est dans cette perspective qu’il faut regarder le Kempinski Shekinah Palace. Mais un projet de 220 milliards de FCFA ne se réalise jamais par la seule volonté d’un entrepreneur, aussi déterminé soit-il. Entre le rêve dessiné sur une feuille et l’immeuble qui s’élève réellement dans le ciel existe un passage particulièrement difficile, celui du financement. Et c’est précisément ici qu’apparaît une autre figure importante de cette aventure, celle d’Abakal Mahamat, Administrateur Directeur Général de BGFIBank Cameroun. Dans les affaires comme dans la vie, il existe une différence considérable entre applaudir une réussite et croire en une idée lorsqu’elle n’est encore qu’une promesse. Lorsque les murs sont construits, que les clients arrivent et que les revenus deviennent visibles, les partenaires peuvent se multiplier. Mais lorsque le projet n’existe encore qu’à travers des plans, des études techniques, des chiffres et la conviction de celui qui le porte, il faut davantage que de la prudence pour s’engager.

Il faut une vision. C’est pourquoi la place occupée par BGFIBank Cameroun dans cette opération mérite d’être soulignée. L’institution dirigée par Abakal Mahamat figure parmi les partenaires financiers de la première heure du Kempinski Shekinah Palace. Elle a accepté d’accompagner le projet bien avant que la première pierre ne soit posée à Bonanjo, notamment en participant au financement des études techniques indispensables à sa maturation. Plus de 20 millions d’euros, soit plus de 13 milliards de FCFA, auraient ainsi été préfinancés pour permettre au projet de franchir cette étape déterminante. Treize milliards de FCFA pour étudier un projet qui n’avait encore ni chambres, ni clients, ni recettes. C’est là que commence véritablement le risque. C’est également là que l’on mesure ce que peut devenir le métier de banquier lorsqu’il dépasse la simple gestion quotidienne de l’argent pour rejoindre le financement du développement. Une banque peut se contenter de prêter à ceux dont la réussite est déjà démontrée.
Elle peut aussi décider d’identifier les projets capables de transformer une économie et prendre sa part de responsabilité dans leur concrétisation. Abakal Mahamat appartient manifestement à cette seconde conception de la finance. Il ne s’agit évidemment pas de présenter le dirigeant de BGFIBank Cameroun comme le promoteur du Kempinski Shekinah Palace. Le projet est porté par Rodolphe Simo Kam et ALS Group. Mais il faut reconnaître au banquier sa place dans la chaîne qui permet aujourd’hui à cette ambition de passer progressivement du papier au béton. BGFIBank Cameroun intervient ainsi dans la structuration du financement aux côtés d’autres institutions financières africaines et internationales. L’enjeu consiste à réunir les ressources nécessaires, à organiser les mécanismes financiers et à rassurer les différents partenaires autour d’un investissement dont la dimension dépasse largement celle d’un projet immobilier ordinaire. C’est ici que l’histoire devient intéressante pour le Cameroun.

Notre pays ne manque pas d’hommes et de femmes qui ont des idées. Il ne manque pas non plus de projets. Ce qui manque souvent, c’est le pont entre l’idée et sa réalisation. Beaucoup de grandes ambitions africaines meurent précisément à cet endroit, entre celui qui veut construire et celui qui possède les moyens de financer. Le Kempinski Shekinah Palace raconte donc aussi la rencontre de deux volontés. D’un côté se trouve Rodolphe Simo Kam, l’entrepreneur qui affirme sa volonté de construire. De l’autre se trouvent Abakal Mahamat et son institution financière, déterminés à étudier les moyens de rendre cette construction possible. Lorsque ces deux mondes se rencontrent, l’économie cesse d’être seulement une accumulation de chiffres. Elle produit des grues, des bâtiments, des emplois, des entreprises sous-traitantes, des salaires, des compétences et, à terme, de nouvelles recettes.

C’est cette culture que le Cameroun gagnerait à encourager davantage, celle de l’entrepreneur qui ose voir grand et celle du financier qui ne considère pas automatiquement la grandeur d’un projet comme une raison de reculer. Il faut des entrepreneurs capables de rêver au-delà des dimensions habituelles. Il faut aussi des banquiers capables de comprendre ces rêves, de les soumettre naturellement à toutes les exigences de viabilité économique, mais également de les accompagner lorsqu’ils sont crédibles. Voilà pourquoi le rôle d’Abakal Mahamat mérite d’être regardé avec attention. Le courage économique ne consiste pas à distribuer inconsidérément de l’argent. Il consiste à savoir prendre un risque calculé, à comprendre un projet, à mesurer son potentiel et à accepter d’y engager une institution lorsque toutes les garanties nécessaires sont réunies. Le développement d’un pays repose aussi sur cette capacité à prendre des risques sur l’avenir. Il faut également regarder ce que représente l’arrivée de la marque Kempinski dans un tel projet.

Dans l’univers hôtelier international, les grandes enseignes ne vendent pas seulement des chambres. Elles apportent des standards, des méthodes de gestion, une réputation et une visibilité internationale. Leur présence contribue à inscrire les villes dans les circuits du tourisme d’affaires et de l’événementiel international. Demain, si le projet arrive à son terme conformément aux ambitions annoncées, un dirigeant d’entreprise arrivant de Londres, Paris, Dubaï, Johannesburg ou New York pourra séjourner à Douala dans un établissement répondant à des références internationales qu’il connaît déjà. Une conférence régionale pourra y être organisée, des délégations économiques pourront y être reçues et des entreprises pourront y louer des espaces professionnels. Ce sont parfois ces détails que l’on oublie lorsqu’on parle de développement. Une ville moderne ne se construit pas uniquement avec des routes et des administrations. Elle se construit également avec des hôtels, des centres de conférences, des bureaux, des lieux culturels, des restaurants, des espaces de loisirs et toutes ces infrastructures qui rendent possible la circulation des hommes, des capitaux et des idées. Bien entendu, une maquette n’est pas encore un immeuble.

La première pierre ne représente pas l’achèvement d’un chantier. Elle en marque le commencement. Il faudra désormais construire, respecter les délais annoncés, mobiliser les financements, maîtriser les coûts et surtout faire en sorte que les milliers d’emplois promis deviennent une réalité. C’est pourquoi il faudra revenir dans quelques mois, puis dans un an et dans deux ans, regarder l’évolution du chantier et mesurer la distance parcourue entre les promesses du 25 septembre 2026 et la réalité. Mais cela ne doit pas nous empêcher de reconnaître aujourd’hui ce qui mérite de l’être. Nous avons parfois développé cette étrange habitude de considérer que critiquer serait une preuve supérieure d’intelligence, tandis que féliciter deviendrait presque suspect. Pourtant, un pays se construit également en sachant regarder ce qui avance.

Quand quelque chose est beau, il faut savoir le dire. Quand un Camerounais entreprend un projet d’une telle dimension, il faut savoir reconnaître son audace. Quand une institution financière accepte de l’accompagner dès les premières heures, il faut également savoir le souligner. Rodolphe Simo Kam et Abakal Mahamat incarnent ici deux responsabilités différentes, mais complémentaires. Au premier revient l’audace de l’entrepreneur, la vision initiale et la responsabilité de porter le projet. Au second revient cette autre audace, moins visible mais tout aussi déterminante, celle du financier qui accepte de croire suffisamment à une vision pour contribuer à lui donner les moyens d’exister. Dans quelques années, si le calendrier annoncé est respecté, le passant qui traversera Bonanjo lèvera peut-être les yeux vers les 27 étages du Kempinski Shekinah Palace.

Il verra les lumières des chambres, les bureaux occupés, les voitures devant l’entrée, les employés allant et venant et les visiteurs étrangers franchissant ses portes. Il ne pensera probablement plus à la maquette présentée en septembre 2026. Il ne pensera peut-être même plus à cette première pierre. Pourtant, tout aura commencé là. Car les grands édifices commencent toujours par quelque chose de presque insignifiant, une idée dans l’esprit d’un homme, un dessin posé sur une table, quelques chiffres difficiles à financer et la conviction de quelques personnes qui décident de croire que l’impossible mérite au moins d’être essayé. Vendredi 25 septembre 2026, à Bonanjo, on n’a donc pas seulement posé la première pierre d’un hôtel. On a aussi posé symboliquement une question au Cameroun, celle de savoir jusqu’où nous sommes encore capables de rêver grand. Le Kempinski Shekinah Palace apportera sa réponse dans les années qui viennent.