Valentine Nguelé, un nom inconnu il y a encore quelques mois, est entrée, après seulement deux mois, dans la légende des grands serviteurs du sport camerounais. Une victoire qui se raconte en quelques minutes, mais qui s’inscrit pour toujours dans l’histoire. En menant les Lionnes Indomptables du Cameroun au sommet de l’Afrique, elle a offert à son pays une leçon de patience, de rigueur et d’humilité que peu de parcours sportifs savent enseigner avec autant de force. Pendant dix-huit ans, cette ancienne footballeuse internationale a travaillé loin des projecteurs. Dix-huit années passées à se former, à entraîner en club, à ajuster sa tactique, à essuyer les doutes. Puis il n’a fallu que deux mois à la tête de la sélection nationale pour écrire l’histoire et soulever la Coupe d’Afrique des Nations féminine. Pour le grand public, cette réussite a des airs de miracle soudain. La vérité est plus simple et plus belle à la fois. Ces deux mois n’étaient que la moisson. Les dix-huit années qui les ont précédés en étaient la semence, faite de discipline et de travail invisible. Ceux qui l’ont vue à l’œuvre décrivent une femme prête à se donner corps et âme pour son pays, presque sans rien attendre en retour.

C’est cette abnégation qui la place aujourd’hui aux côtés des grandes figures féminines qui ont hissé le drapeau camerounais bien haut. Diriger une quarantaine de joueuses n’a rien d’une tâche ordinaire. Entraîner des femmes n’est pas entraîner des hommes, et Valentine Nguelé le savait mieux que quiconque en prenant les rênes des Lionnes. Il fallait composer avec les susceptibilités, apaiser les tensions, unir des caractères multiples autour d’un même objectif. C’est précisément ce défi qu’elle a su relever. Sous sa houlette, l’équipe a retrouvé cet esprit combatif et digne cher aux grandes heures du football camerounais. On l’a vu dans ces moments décisifs où la tentation de la contestation aurait pu tout faire basculer. Lorsque l’arbitre a sifflé un penalty contre le Cameroun à deux minutes de la fin face au Maroc, aucune joueuse n’a protesté. Lorsqu’un but manifestement valable d’Aboudi Onguéné a été refusé, personne ne s’est précipité vers l’arbitre pour se plaindre. Cette discipline collective, rare et précieuse, est souvent ce qui distingue les équipes qui réussissent de celles qui s’effondrent sous la pression.

Valentine Nguelé elle-même ne cache pas d’où vient cette force tranquille. Elle rappelle volontiers son propre parcours de formation, les titres accumulés au fil des saisons, dix fois championne du Cameroun, sept Coupes du Cameroun remportées, quatre victoires aux Jeux de la Francophonie en sept participations. Une expérience qui lui a permis de former de nombreuses jeunes joueuses avant même de connaître ce triomphe continental. Son message est resté le même à chaque étape, il faut travailler, patienter, et attendre que le bon moment se présente, car la patience finit toujours par payer. Elle se souvient aussi des années difficiles, comme cette défaite cinglante 5-0 face au Nigeria en 2004, à l’époque où elle portait encore le maillot national. Ce souvenir donne à la victoire actuelle une saveur particulière, celle d’un soulagement autant que d’un aboutissement. Au-delà du trophée, c’est tout un symbole que Valentine Nguelé représente désormais.

Son succès a redonné confiance à des parents longtemps réticents à voir leurs filles pratiquer le football, et il a ouvert un horizon nouveau pour toute une génération de jeunes footballeuses camerounaises. Dans un continent où le football féminin peine encore à trouver sa juste place, où certaines ne portent même pas le maillot pour soutenir leurs consœurs, l’exemple qu’elle donne pèse lourd. Sa trajectoire rappelle une vérité simple mais souvent oubliée. On ne construit rien de grand du jour au lendemain, et ce que l’on accomplit dans l’ombre finit toujours par éclairer l’avenir. Beaucoup renoncent après deux ou trois ans faute de résultats immédiats. Elle a tenu dix-huit ans sans jamais relâcher ses efforts, prête bien avant que l’opportunité ne se présente enfin. Valentine Nguelé est déjà entrée dans la légende du football camerounais. Et si son nom résonne aujourd’hui comme celui d’une pionnière, c’est parce qu’elle a prouvé, à sa manière et avec constance, que la lumière se mérite toujours par des années d’ombre.
