Dans l’arène politique camerounaise, où passions et fidélités brouillent souvent le regard critique, les prises de parole de l’homme politique Elimbi Lobè ne laissent jamais indifférent. Pour certains, elles ne seraient que bavardages destinés à amuser la galerie. Pour d’autres, elles relèvent d’un acharnement presque obsessionnel contre le professeur Maurice Kamto, figure centrale du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Mais si l’on gratte le vernis des invectives et des rancunes supposées, il reste l’essentiel : une analyse rationnelle et singulièrement lucide de la vie politique nationale. Car Elimbi Lobè, qu’on le veuille ou non, ne parle pas en profane. Son expérience sur la scène politique est longue, jalonnée d’engagements, de ruptures et de combats. On peut railler son style, jugé parfois brutal, mais on ne peut nier que son regard porte une vérité dérangeante : le MRC, et avec lui Maurice Kamto, ne sont pas exempts des contradictions et des fragilités qui traversent tout mouvement politique.
Là où certains voient un « homme d’État », Elimbi rappelle que la politique est aussi une école de compromis, de réalités, et que le charisme seul ne suffit pas à construire l’alternance. Certes, beaucoup ont voulu réduire sa sortie récente à une attaque personnelle, un règlement de comptes mal dissimulé. Mais au fond, il pose une question centrale : la démission de Kamto, si elle fut un geste de dignité, fut-elle aussi une lucidité face aux compromis que réclame toute action politique ? Là réside le débat qu’Elimbi ose ouvrir, quitte à s’attirer les foudres des fidèles. Son franc-parler choque, mais il met à nu des contradictions qu’une ferveur partisane préfère ignorer. Ceux qui l’accusent de jalousie ou d’obsession oublient qu’en démocratie, le questionnement critique est une respiration vitale. Elimbi Lobè, avec sa verve parfois corrosive, ne fait peut-être que rappeler que le culte des personnalités ne saurait remplacer la profondeur des idées. En cela, il éclaire une faiblesse de la scène politique camerounaise : trop de passions, pas assez de débats.
Au fond, ses propos disent moins la petitesse d’un « politicien de micro » que l’exigence d’un homme qui, depuis des décennies, fréquente les coulisses du pouvoir et en connaît les fissures. Il ne s’agit pas de sanctifier ses mots ni de les approuver dans leur forme, mais de reconnaître qu’ils traduisent une inquiétude réelle : celle de voir la ferveur autour de Kamto s’enfermer dans une mythologie, plutôt que de se traduire en stratégies concrètes pour l’avenir du Cameroun. Il est facile de rejeter Elimbi Lobè comme un « lugubre personnage ». Mais il serait plus sage de lire derrière ses excès la lueur d’une vérité : en politique, nul n’est intouchable. Et à ce titre, sa critique de Maurice Kamto, qu’on l’approuve ou non, demeure une analyse rationnelle qu’aucun démocrate ne devrait balayer d’un revers de main.
![]()









