0 12 minutes 15 heures

Nous n’avons lu que la quatrième de couverture et cela suffit déjà à révéler l’ambition intellectuelle de L’Univers de la radiotélévision au Cameroun. Acteurs, organisation et pratiques, nouvel ouvrage annoncé du professeur Olivier Bilé. Avant même d’en parcourir les chapitres, le texte de présentation laisse entrevoir un ouvrage de réflexion, d’analyse et de propositions sur un secteur dont l’influence s’impose dans les studios de radio et sur les plateaux de télévision. Il est évidemment prudent de rappeler qu’une quatrième de couverture ne permet pas encore de juger l’ensemble d’un livre. Mais on peut néanmoins en discerner l’orientation générale, les interrogations et surtout l’ambition scientifique. Sur cette quatrième de couverture publiée, une phrase donne immédiatement la mesure du projet. L’auteur annonce vouloir « contribuer scientifiquement à la modernisation des médias audiovisuels au Cameroun ». Ces quelques mots sont importants. Olivier Bilé ne cherche pas à raconter l’histoire de la radio et de la télévision camerounaises. Il les observe depuis des années, il en connaît les mécanismes et c’est ce qui le pousse à interroger leur capacité à se transformer. La notion de modernisation apparaît ainsi comme le fil conducteur annoncé de l’ouvrage. Elle suppose nécessairement de regarder l’organisation des entreprises audiovisuelles, les méthodes de travail, la formation des professionnels, les rapports avec les pouvoirs publics, l’économie des médias, les contraintes juridiques, les transformations technologiques et les nouvelles attentes des publics.

Cette préoccupation n’est d’ailleurs pas nouvelle dans les travaux d’Olivier Bilé. Il avait publié en 2015 Les télévisions africaines face au défi de la modernité. L’expérience de la CRTV, ouvrage dans lequel il examinait déjà la télévision publique camerounaise en la confrontant notamment aux transformations des télévisions européennes et aux défis du numérique. Ses recherches universitaires ont également porté sur l’organisation économique de la télévision camerounaise et sur les études d’audience comme instruments d’évaluation des performances des médias. Il existe donc une continuité intellectuelle entre ses travaux antérieurs et ce que laisse entrevoir ce nouveau livre. La quatrième de couverture va cependant plus loin lorsqu’elle annonce une exploration de la radiotélévision à travers ses dimensions sociopolitiques et économico-juridiques. Voilà sans doute l’un des intérêts majeurs du projet. Une télévision ne se limite pas à une caméra, un studio, un journaliste et un émetteur. Elle est aussi une institution sociale. Elle fonctionne dans un environnement politique, juridique et économique qui influence son organisation, ses ressources, ses pratiques professionnelles et la relation qu’elle entretient avec son public. C’est précisément à cet endroit que l’approche du sociologue peut devenir particulièrement féconde. Une autre formulation mérite alors notre attention. Olivier Bilé veut travailler à une « transformation positive et socialement fécondante de l’espace public médiatique ». La formule est ambitieuse. Elle permet de comprendre que l’ouvrage ne devrait pas se limiter au diagnostic. Derrière l’analyse semble se dessiner une volonté de réforme. Il s’agirait de réfléchir aux conditions permettant aux médias audiovisuels de mieux remplir leurs fonctions d’information, d’éducation, de culture et d’accompagnement des mutations de la société.

La quatrième de couverture parle d’ailleurs explicitement de « réformes indispensables et profondes » touchant l’environnement politique, institutionnel et économique. Cette dimension donne au livre une portée engagée, mais il faudra attendre sa lecture intégrale pour mesurer précisément la nature des réformes proposées et la manière dont l’auteur articule son analyse scientifique avec ses engagements dans l’espace public. Olivier Bilé est en effet également une personnalité politique camerounaise, en plus de sa carrière universitaire et médiatique. Cette double présence dans le champ scientifique et dans le débat public rendra particulièrement intéressante l’étude de la manière dont il analyse les rapports entre médias, institutions et société. L’autre phrase qui retient particulièrement l’attention concerne directement les professionnels. Selon la présentation du livre, les « décideurs, entrepreneurs et professionnels » devraient être mieux informés des « bonnes pratiques » et des formes d’organisation les plus adaptées. Cette orientation pourrait faire de l’ouvrage non seulement un travail destiné aux universitaires, mais également un instrument de réflexion pour les journalistes, responsables de chaînes, producteurs, étudiants en communication, entrepreneurs audiovisuels et décideurs publics. L’auteur semble poser une question fondamentale. Comment moderniser la télévision si l’on ne modernise pas en même temps ses méthodes de gestion, ses pratiques professionnelles et la formation de ceux qui la fabriquent quotidiennement ?

Le parcours d’Olivier Bilé donne naturellement du poids à cette interrogation. La quatrième de couverture le présente comme sociologue des médias et spécialiste de la télévision, à la fois théoricien et praticien. Elle mentionne des études universitaires effectuées notamment à Valenciennes, Aix-Marseille, Paris 2 Panthéon-Assas et Yaoundé II, ainsi qu’un doctorat en sciences de l’information et de la communication. Elle rappelle également son expérience au sein de la télévision publique camerounaise dans la conception de contenus et la réalisation documentaire, puis son activité d’enseignement dans le domaine des sciences audiovisuelles. Son parcours est donc présenté, comme nous l’avons dit plus haut, comme celui d’un homme ayant observé la télévision depuis plusieurs endroits à la fois, l’université, la recherche, l’enseignement et la pratique professionnelle. Cette expérience explique peut-être pourquoi la dernière ambition énoncée par la quatrième de couverture est particulièrement significative. Il faudrait parvenir à faire des médias audiovisuels « l’instrument d’accompagnement de la modernisation sociopolitique, économique et culturelle ». Cette conception place la radio et la télévision au cœur du développement national. Le média n’y est plus seulement considéré comme un instrument qui raconte la société après que les événements se sont produits. Il devient également l’un des espaces dans lesquels une société se regarde, débat, transmet ses savoirs, confronte ses opinions et prépare ses transformations. Une interrogation demeure cependant, et elle pourrait constituer l’un des prolongements les plus passionnants de cet ouvrage.

On aimerait savoir quelle place Olivier Bilé accordera à cette nouvelle génération de médias qui bouleverse désormais les frontières traditionnelles de la télévision. Aujourd’hui, il n’est plus indispensable de disposer d’un grand studio, d’une régie imposante ou d’importants moyens techniques pour produire une émission et rassembler un public considérable. Depuis leur domicile, avec une caméra, un téléphone portable et une connexion Internet, certains créateurs de contenus réalisent des directs suivis parfois par des audiences importantes et développent de véritables communautés. YouTubeurs, influenceurs, web-journalistes, blogueurs et communicateurs indépendants investissent également le terrain, recherchent l’information, interrogent des témoins et diffusent presque instantanément images et témoignages. Cette mutation interroge profondément la définition même de la radiotélévision contemporaine. Peut-on encore penser la modernisation de l’audiovisuel camerounais sans intégrer ces nouveaux acteurs numériques qui concurrencent, complètent ou parfois devancent les médias conventionnels dans la circulation de l’information ? On espère donc que l’auteur abordera cette révolution, mais également les questions essentielles qu’elle soulève autour de la vérification des sources, de la déontologie, de la responsabilité éditoriale et de la qualité de l’information. Car l’avenir de la télévision se joue peut-être désormais autant dans les studios institutionnels que dans ces nouveaux espaces numériques où chacun peut devenir producteur, diffuseur et, sous certaines conditions professionnelles, acteur de l’information.

C’est aussi ce qui rend la sortie prochaine de L’Univers de la radiotélévision au Cameroun digne d’intérêt pour tous ceux qui observent l’évolution des médias camerounais et africains. Les usages médiatiques évoluent rapidement et télévision, radio et Internet coexistent désormais dans des pratiques quotidiennes fortement imbriquées en Afrique francophone. Les données Africascope 2025-2026 confirment d’ailleurs la présence toujours importante de la télévision, de la radio et d’Internet dans les habitudes des populations urbaines étudiées. Réfléchir aujourd’hui à l’organisation de la radiotélévision revient donc nécessairement à réfléchir à son adaptation à cet environnement nouveau. Il faudra naturellement ouvrir le livre, confronter ses hypothèses à ses démonstrations et examiner les solutions qu’il propose. Une quatrième de couverture annonce une pensée, elle ne peut en livrer toutes les preuves. Mais celle-ci remplit déjà une fonction essentielle. Elle suscite la curiosité. Elle annonce un ouvrage qui entend aller au-delà du constat pour interroger l’organisation, les pratiques et l’avenir de l’audiovisuel camerounais. Pour les professionnels des médias, les universitaires, les étudiants en journalisme et en communication, mais aussi pour le lecteur désireux de comprendre ce qui se joue derrière un écran de télévision ou un micro de radio, le rendez-vous mérite donc d’être suivi. Avec L’Univers de la radiotélévision au Cameroun. Acteurs, organisation et pratiques, Olivier Bilé semble vouloir poser une question qui dépasse finalement la télévision elle-même. Quels médias voulons-nous construire pour accompagner les transformations du Cameroun et, plus largement, celles de l’Afrique contemporaine ?L’ouvrage s’ouvre sur une préface du professeur Christian Abolo.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *