PAR ROGER DIEUNDONNE MVOGO P.H.D
(Consultant en Management et gestion des organisations.)
La municipalité encore appelée Commune au Cameroun est un service public régi par le Code Général des Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD), conformément à la loi n° 2019/024 du 24 décembre 2024 et ses modificatifs subséquents. Au moment où certains pensent qu’il est temps de se lancer à nouveau à la conquête d’un poste de Conseiller municipal dans sa circonscription avant même que le déclic officiel soit donné, parfois sans repères convaincants, ni bilan intéressant, il faut se dire certaines vérités. Le contexte n’est certes pas propre au Cameroun. Il est marqué par la haine, une indifférence totale à la critique constructive et un mépris total à l’encontre de ceux qui ont choisi la voie de la vérité et dénoncent des dérives observées. Notre société actuelle a sincèrement besoin de rentrer sur les bancs de la morale élémentaire. Il faut rétablir les bonnes meurs et les changer les pratiques décriées. Ne taxons pas toujours ceux qui ont pris la résolution d’impulser un nouvel ère d’espoir comme des « donneurs de leçons ». Seule la critique nous permet de nous corriger et de mieux avancer. Seule la postérité saura faire bon usage des suggestions correctives afin de réparer les injustices et rétablir ces normes transformées en écarts et les écarts en normes. L’environnement actuel des municipalités en est une parfaite illustration.
Malgré la course qui a commencé dans les coulisses pour la recherche d’un poste de Conseiller municipal en toute légitimité, il faut néanmoins regretter que des dysfonctionnements décriés dans les actes de certains chefs d’exécutifs municipaux continuent d’être voilés. Bien que le système électoral et les modes de scrutin en vigueur aient été plus ou moins bien pensés pour faire de l’élu municipal un privilégié, ces maires ne cessent de s’afficher en « dictateurs » ou en véritables « hommes d’affaires, prêts à écraser toutes formes de résistances ou critiques pour parvenir à leurs fins. Qu’est-ci qui fait tant courir ces hommes et femmes en dépit de ces attitudes et des bilans peu élogieux à leur actif ? Les nouveaux prétendants sont-ils suffisamment outillés pour exercer cette fonction dans les règles de l’art et mériter au quotidien l’estime et la confiance des populations ? Notre article montre qu’en réalité, ces questions et bien d’autres valent bien d’être posées tant qu’une certaine opinion n’arrête pas de penser que les meurs et les pratiques autour de la fonction d’élu municipale au Cameroun, sont en train d’être davantage bafouées et nos municipalités menacées d’être transformées en « boutiques publiques ».
Leurs facteurs d’une telle posture critique sont multiples. Il ne faudrait pas toujours les percevoir ou les comprendre sous le prisme des difficultés excipées très souvent pour dédouaner quiconque. À titre illustratif, si au cours d’un même exercice budgétaire ou plusieurs, 90% des marchés d’une municipalité auraient été attribués à un seul prestataire et que cela soit analysé comme chose normale, il y a problème quelles qu’en soient les raisons économiques et sociales avancées. Si la réglementation n’interdit pas cette forme de « socialisation » dans le choix du prestataire, comment justifier cette liste de maires convoqués tout récemment aux Services du Contrôle Supérieur de l’État (CONSUPE) ? Si des marchés publics réalisés sont réceptionnés en l’absence de tous les membres statutaires des commissions compétentes en la matière au niveau communal, n’y aurait-il pas problème quelque part ? Pourquoi certains volets aussi importants que celui de la coopération décentralisée continueraient à demeurer en veilleuse dans certaines de nos municipalités contrairement à ceux par exemple des BTP, l’entretien ou la réhabilitation des routes communales ou rurales ? Est-ce à cause des fonds importants qui circulent à travers ces volets ou quelque chose d’autre ? –Difficile à dire. Ces questions et bien d’autres n’ayant pas toujours reçu des réponses satisfaisantes, il y aurait lieu de croire que certains trouvent à ces projets de développement local, des opportunités idoines pour se servir à leur propre compte, parfois comme de véritables « hommes d’affaires » et non des élus municipaux, au détriment des populations qui les ont pourtant portés en toute confiance à la tête de leur municipalité, d’où peut-être « la maladresse » de voir cette attitude comme une menace qui tend à transformer nos municipalités en « boutiques publiques ».
Pourtant, la municipalité ne devrait pas cesser de fonctionner sur la base du principe de gratuité des services rendus aux usagers. La rigueur et la moralisation jadis proclamées, ayant été perdues de vue, s’arrimer à l’ère de la gestion communautaire qui privilégie le renversement de la pyramide des rôles des différents acteurs (le KAISEN) en langage technique du management et la gestion moderne des organisations) reste une gageure. Au demeurant, la jeunesse, de plus en plus aux abois parce que plus éclairés mais pas toujours présentée comme une des solutions de l’heure au sein desdites municipalités pour des résultats plus probants sur la durée, semble davantage déterminée à faire valoir leur dynamisme autrement. Les dysfonctionnements de tout temps éludés ou voilés, doivent cesser de l’être. En avisant les populations sur les raisons de la menace sus-décriée, celles-ci sont davantage dotées de stratégies et d’arguments conséquents. Ces « hommes d’affaires » à col blanc qui espèrent se ruer à nouveau vers nos municipalités pour ne servir que leurs intérêts, se versaient ainsi découragés.
Malgré des évidences, les avis autour de notre question centrale restent incompréhensibles et controversés. Les regards et le mutisme des acteurs ont très souvent été lourds d’enseignements et de conséquences irréparables. Dans un contexte où « les écarts sont érigés en normes » comme le décriait le regretté Professeur Émérite Hubert Mono Ndzana, une telle thématique ne devrait pas susciter que des ennemis. Face à l’ampleur de la menace et à l’intemporalité des résistances au changement par rapport aux réalités supposées ou vécues, on ne peut continuer à se voiler la face, au risque de payer le prix d’une complicité mal placée. Les textes, les règlements et les réseaux sociaux manifestement infestés par l’Intelligence Artificielle (IA) ne suffisent pas toujours à bien nous faire comprendre la controverse que montre cette réflexion. Notamment, la complexité d’une fonction pourtant bien pensée pour un pays en voie de développement comme le nôtre, mais qui se trouve biaisée malgré les avantages et les opportunités pourtant de plus en plus alléchants, des jeunes prêts à redorer le blason de celle-ci en réduisant à sa plus simple expression, cette attitude consciente ou non à transformer nos municipalités en « boutiques publiques ».
La pression de l’État qui attend davantage des CTD à contribuer plus efficacement au PIB et au développement économique et infrastructurel de nos terroirs du fait d’un transfert de ressources de plus en plus contraignant, est réelle certes, mais ne saurait justifier ces pratiques. Malgré le contexte international tumultueux qui perdure, la recherche de gains faciles est observée de plusieurs manières. Des marchés publics seraient davantage attribués à eux-mêmes ou à des tiers agissant en prête-noms. Des négociations foncières bafouant les droits traditionnels de propriété et les libertés individuelles sont évoquées et tout semble désormais passer pour se faire du beurre, montrent à suffisance qu’un esprit mercantiliste ne peut permettre d’assurer le bon fonctionnement d’une Commune et la rentabiliser essentiellement pour le bien-être des populations. D’après l’opinion, la spoliation s’accentuerait davantage lorsque cet esprit s’est emparé des maillons de la chaîne de contrôle et de vérification entre des sectoriels et les autres services administratifs centraux et locaux. En agissant ainsi, c’est mal comprendre les principes de la coopération décentralisée et des compétences transférées en matière d’approvisionnement et de contrôle budgétaire, de gestion des marchés publics et des ressources communales.
Les lois et règlements du Code Général de la décentralisation, du Code Electoral et celui des marchés publics en vigueur au Cameroun, garantissant une gestion objective et désintéressée de nos municipalités, il y a nécessité à revoir les modalités et les stratégies qui entourent le choix de nos élus municipaux aux prochaines élections municipales. À défaut, plusieurs municipalités seraient menacées de passer à l’opposition du fait des jeunes militants perçus comme les plus lésés du système de gestion sus-décrié dans nos différents terroirs. Pour avoir « acheté la municipalité » ou géré un mandat à son propre compte, les consultations et cooptations en coulisse en faveur des mêmes potentiels candidats, il y a fort risque à voir une bonne partie d’entre eux reprendre leurs « affaires » de plus belle pour un retour en investissement. Le cycle de spoliation reprendrait aussitôt son cours et éloigner davantage la décentralisation du développement local escompté, malgré les financements transférés.
D’où les mesures correctionnelles suivantes. D’abord, mettre un accent sur les profils et les modalités d’accès à cette fonction, en privilégiant les qualités et les aptitudes qui ont fait la force des magistères de prédécesseurs : cas d’André Fouda, Pokossy Ndoumbé, Basile Emah et Gilbert Tsimi Evouna. Le courage, la franchise et un sens élevé de civisme, de patriotisme et de sacrifice pour le développement infrastructurel et communautaire. Sans « grands moyens » par rapport à la taille et à la qualité des investissements à réaliser, plusieurs projets sociaux d’envergure ont été réalisées grâce à des aptitudes et qualités particulières. Celles-ci sont toujours d’actualité et d’un grand apport en termes de repères pour les générations actuelles d’élus municipaux. Le camp de résidentiel des cheminots de la REGIFERCAM à Yaoundé sise au quartier Elig-Essono aurait été construit en planches comme c’est le cas le long du transcamerounais, n’eût été la témérité d’André Fouda. D’autres actions similaires d’éclat ont été posées par le même patriarche malgré l’influence gréco-libanaise en matière de voiries, d’habitat et d’infrastructures urbaines. Tant que ce passé n’est pas scruté en toute humilité, des villes comme Douala et Yaoundé héritées de la colonisation continueront de briller par un « désordre urbain » et un niveau d’insalubrité sans pareil comme c’est le cas depuis quelques années en dépit des efforts des pouvoirs publics.
Ensuite, grâce à un meilleur casting de l’élu municipal, il y a des facilités à voir celui ou celle-ci à bien organiser son travail sur le terrain et à soigner ses rapports avec les populations et ses administrés, au lieu des sanctions à l’emporte-pièce ou à têtes chercheuses. Celles-ci montreront toujours leurs limites tant qu’on n’est pas convaincu d’un retour à la morale publique depuis l’amont. Elle consiste par exemple à appuyer de manière équitable toutes les municipalités et à manifester des actions de solidarité envers tous les acteurs locaux sans discrimination ni exclusive. Si les procédures de passation des marchés communaux obéissaient à la règlementation en vigueur, ces marchés ne seraient pas attribués avec légèreté. Seules les entreprises aux grandes surfaces financières et dotées de matériels techniques conséquents et des prestataires à l’esprit de sacrifice et de patriotisme éprouvés en vue d’une exécution de marchés publics dans les délais auraient été privilégiées. Dans ce cas, les acomptes devraient cesser d’être la règle, mais l’exception, tout comme ce « système de socialisation » qui a cours dans la sélection des prestataires.
Même si l’on a investi tout ce qu’on possédait pour accéder à cette fonction, ce n’est pas une raison de plus pour penser à un retour d’investissement à tout prix. Servir ses communautés grâce à une forte capacité d’adaptation, constitue le seul motif de fierté suffisant pour garantir une nouvelle confiance de la part des populations. On n’a pas toujours besoin de milliards pour agir en tant que Maire pour le bien de sa Commune. Le faire ainsi, c’est s’exposer à l’intéressement pour des bénéfices personnels. L’Arme financière doit être utilisée par l’élu municipal dans l’intérêt des populations. Elle n’est pas brandie pour faire obstacle aux jeunes candidats dont les capacités managériales et techniques sont plus avérées pour servir avec désintéressement et imposer la rupture souhaitée.
De même, le statut d’ancien haut-commis d’État rehaussé par les multiples avantages acquis ou d’élu municipal plus nanti du fait des mandats accumulés, devraient cesser d’être brandis comme critères d’objectivité aux populations. C’est une posture sur laquelle certains s’appuient pour s’ériger en « hommes d’affaires » ou à vouloir se maintenir à la fonction et continuer à faire ombrage aux candidats plus jeunes qui sont aussi pourtant soit des entrepreneurs, agriculteurs et même des diplômés de nos universités et grandes écoles devenus parfois des moto-taximen bien que porteurs de projets de développement. Il faut donner à la diaspora camerounaise sa place de choix. Car, plusieurs d’entre eux, bien qu’animés par le seul rêve de contribuer au développement de leur localité, sont aussitôt bloqués et découragés par le système « mercantiliste » en place et des stéréotypes qui auraient tendance à les considérer comme des concurrents politiques ou des potentiels candidats à la municipalité. Arrêtons donc tout cela pour faire de la décentralisation, une véritable opportunité pour rattraper ce grand retard qu’accusent nos communautés en termes de développement et d’épanouissement.
Enfin, à cause des contingences parfois imprévisibles, il faut davantage susciter l’engouement des militants à travers une formation permanente sur les exigences de cette fonction et un partage sans fioriture des bonnes informations afin de limiter tout ce qui pourrait exposer nos élus municipaux à toutes formes de manipulations et corruption une fois portés à la tête de la municipalité. /-