Hier, le Conseil constitutionnel a proclamé la victoire de Paul Biya. Certains, qui s’engagent en politique sans en comprendre les ressorts, continuent de croire que le changement peut venir par les élections. Tant que Paul Biya se présentera, il gagnera ; et quand il ne se présentera plus, il laissera en place un système qui reproduira son exemple : il a implanté des mécanismes qui lui permettent de durer. Paul Biya connaît les Camerounais. Il les a observés durant ses études ; dans son calme et sa discrétion, il a beaucoup appris. Devenu président, il a fait appel à d’autres experts qui ont approfondi l’étude des comportements et des ressorts profonds de la société camerounaise. Il a sondé l’âme du pays et en connaît les remèdes. Il a aussi étudié l’Occident, sa résistance au pouvoir peut être comparable à la résistance face à l’Occident. C’est un révolutionnaire à sa façon, comparable, en certains traits, à Mao Zedong ou à Hô Chi Minh. Paul Biya n’est pas Thomas Sankara ni Patrice Lumumba ; ces derniers ont été de grands leaders, mais, selon moi, ils n’atteignent pas l’intelligence et la sagesse de Paul Biya. C’est un stratège politique exceptionnel, un homme d’État dont l’expérience et la finesse créent un grand écart avec ses opposants, encore jeunes politiquement et souvent guidés par l’émotion.
L’opposition camerounaise, sur le plan de l’État, n’a pas encore su produire une personnalité de la même carrure. Bello aurait pu convenir ; c’est un homme sage, mais il est déjà âgé. C’est un surdoué de la politique et un grand homme d’État. C’est cela qui crée la nuance avec ses opposants, encore très jeunes politiquement et émotifs. Le Cameroun, sur le plan de son opposition, n’a pas encore réussi à trouver un homme d’État de sa carrure. Bello aurait fait l’affaire ; c’est un homme sage, mais il est déjà plus fatigué que le président Paul Biya. Mon admiration n’est pas du thuriférisme, pour employer un mot qui n’est pas encore dans le dictionnaire. D’ailleurs, je n’attends rien d’un pays qui a rejeté des personnes comme moi. Mais je dis que notre opposition n’a que des acteurs de cinéma en mal de notoriété. C’est parce que j’ai beaucoup appris à comprendre l’homme et ce qui fait sa supériorité sur les autres. Il est vrai qu’il bénéficie des avantages de son statut, mais il y a eu des présidents qui ont eu les mêmes privilèges et qui ont été dégommés. Il faut aller chercher le pouvoir avec les moyens dont on dispose ; c’est ce qu’il a fait. Il est vrai que Paul Biya profite des avantages liés à son statut. D’autres présidents ont bénéficié de privilèges semblables sans pour autant durer, ils ont été renversés. Lui a su conquérir et conserver le pouvoir avec les moyens dont il disposait.

L’opposition camerounaise souffre d’une immaturité politique et d’un manque d’expérience. ce sont encore des opposants, encore très jeunes politiquement et souvent guidés par l’émotion, elle réagit davantage par impulsion ou par émotion que par stratégie. Ce défaut d’expérience empêche la construction d’un discours politique cohérent et durable face à un pouvoir très rodé. À cela s’ajoute l’absence d’un véritable homme d’État. Le Cameroun, sur le plan de son opposition, n’a pas encore réussi à trouver un homme d’État de la carrure de Paul Biya. Malgré sa présence, elle ne sait pas encore ce qu’est un homme d’Etat. L’opposition n’a pas encore produit une figure dotée d’une vision nationale, d’une stature morale et intellectuelle capable de rivaliser avec Paul Biya. Les leaders actuels manquent de charisme, de stratégie et de hauteur d’esprit nécessaires pour incarner une alternative crédible. Cette faiblesse s’accompagne d’une superficialité et d’une recherche de notoriété. Conséquence, nous nous retrouvons face à des hommes de théâtre, en mal de notoriété , une partie de l’opposition semble davantage préoccupée par la visibilité médiatique, les discours spectaculaires et la reconnaissance personnelle que par le travail de fond, la structuration politique et la défense des intérêts du peuple.
Un autre point faible est le manque de stratégie et d’organisation. Elle ne sait pas conquérir le pouvoir. Parler beaucoup ne veut rien dire. L’opposition, apparaît incapable de planifier efficacement, d’exploiter ses ressources ou de comprendre les mécanismes réels du pouvoir. Ce manque de vision se double d’une faible compréhension des réalités politiques et sociales. On dira sans se tromper que c’est une opposition naïve ; elle surestime les processus électoraux dans un système verrouillé, sans mesurer la profondeur du réseau institutionnel et politique mis en place par le régime. Elle ne saisit pas les dynamiques sociopolitiques profondes du pays. On observe également une absence d’unité et de projet fédérateur. Bien que cela ne soit pas dit explicitement, on ne peut pas gagner au cameroun dans une opposition fragmentée et sans vision commune. Le manque d’un leadership vraiment consensuel et de stratégie collective rend toute action concertée difficile face à un système solidement établi. Pour tout dire, elle souffre d’un manque de sagesse et de modération. Finalement au Cameroun, la politique y apparaît souvent passionnelle plutôt que réfléchie.