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Au Cameroun, pendant que certains cherchent encore des solutions à la crise économique, d’autres ont trouvé une proie facile : le chat. Oui, le chat. Pas le rat, pas la chèvre, le chat ! L’animal de compagnie, le confident du salon, celui qui dort sur votre oreiller sans payer le loyer. Aujourd’hui, il est devenu l’espèce la plus en danger dans certains quartiers de Yaoundé, Douala, Bafoussam et même… Anguissa. Là-bas, ce n’est plus une rumeur, c’est une chasse nationale. Il y a quelques années, on les voyait se prélasser sur les fenêtres, observer les oiseaux avec un air supérieur, et parfois même nous ignorer royalement. Mais aujourd’hui, la donne a changé. Les chats, ces créatures si sereines et indifférentes à notre sort, ont pris la poudre d’escampette. Une nouvelle communauté féline qui s’est exilée dans les coins reculés des villes, là où ni l’odeur des marmites, ni les regards affamés des chasseurs ne peuvent les atteindre. Fuyant les grandes quartiers, les chats ont déclaré unilatéralement l’indépendance des forêts. Ils vivent désormais  sur des arbres majestueux,  et ont même établi des frontières. Les chats, jusqu’alors les plus courageux des animaux domestiques, ont enfin compris : mieux vaut un abri dans une forêt dense que de risquer de finir dans une marmite. Leur nouveau slogan ? « La liberté, la paix et les croquettes à volonté ».

 

Tout a commencé avec des rumeurs. Un chat disparu ici, un autre là-bas. Puis, plus personne n’osait sortir de chez soi sans regarder deux fois sous la voiture, comme si le danger guettait partout. Aujourd’hui, quand le soir tombe, on entend plus le bruit des griffes sur le sol, mais plutôt un silence suspect, comme si les chats se cachaient sous les feuillages, observant les l’homme  dans son étrange quête de repas. Il semble que les chats aient choisi leur camp. De fuir  définitivement là où il y a trop de couteaux et de marmites. Les témoignages pleuvent. « Je ne sais même plus combien de chats j’ai perdus », confesse une victime, les yeux pleins de larmes… et de colère. « Tu élèves ton animal, il devient beau, doux, affectueux, et boum ! Un jour il disparaît, et quelqu’un, quelque part, le découpe froidement en 12 morceaux réglementaires pour la marmite. » Oui, douze morceaux. Pas onze, pas treize. Il semble que même dans l’horreur, il y ait des standards. Mais que se passe-t-il exactement ? Pourquoi cette vague d’enlèvements félins ?

 

La réponse est simple, triste et honteuse : on les mange. Oui, on cuisine les chats. On les assaisonne, on les frit, on les sert avec du plantain ou du riz. Et tout cela, dans un silence complice et une banalité qui glace le sang. Certains s’aventurent à justifier cela par la faim, la pauvreté, le coût de la viande ou encore la dureté de la vie. Mais depuis quand la misère donne-t-elle le droit de manger son voisin à moustaches ? Quand l’homme cesse de faire la différence entre son animal de compagnie et un ragoût, c’est qu’on a sérieusement glissé sur l’échelle du progrès. Car oui, le chat n’est pas une denrée alimentaire. C’est un membre de la famille. Un animal domestique. Une créature qui vous aime sans condition (enfin, sauf à l’heure des croquettes). Comment peut-on, sérieusement, poser un regard attendri sur un chaton, pour ensuite l’imaginer… mijoté ?

 

Et pendant que la CRTV diffuse des émissions stériles sur les campagnes d’un certain parti politique, les vraies questions passent sous silence : où sont passés nos chats ? Quelle est cette société où l’on ne protège plus les plus faibles, même pas les animaux de compagnie ? Comment en est-on arrivé là ? Dans certains quartiers, les chats ont fini par comprendre. Ils fuient. Des rumeurs persistantes font état de colonies félines en exode vers les zones reculées, là où personne ne pense à les faire cuire. Peut-être qu’un jour, les collines de l’Adamaoua verront naître la République libre des Chats Réfugiés, avec un gouvernement, une constitution et une loi fondamentale interdisant l’usage de la marmite. Mais soyons clairs : ce phénomène n’a rien de drôle, même si on rit pour ne pas pleurer. Il est le reflet d’un recul brutal de notre humanité. Il nous dit que nous avons touché le fond, et que désormais, tout peut être réduit à une question de ventre. Il nous montre une société désespérée, livrée à elle-même, où l’homme ne voit plus dans l’animal qu’un repas potentiel. Et pendant ce temps, certains responsables politiques continuent de se féliciter.

 

Pourtant, le simple fait que des chats soient traqués, kidnappés et dévorés est un échec collectif. Un signal d’alarme. Une preuve de la misère ambiante. Et si on en est là, ce n’est pas la faute des chats. Ce n’est pas non plus une simple anecdote. C’est une catastrophe silencieuse. Une honte à cuisiner à feu doux et à servir sans couverts. Certains diront encore : « Pendant la guerre en Europe, on mangeait les chats. » C’est vrai. Mais faut-il donc attendre une guerre mondiale pour manger les vôtres ? Sommes-nous si désespérés que plus rien n’a de valeur, pas même l’animal que nos enfants caressent chaque jour ? Il faut dire les choses clairement : manger un chat, c’est un acte de barbarie. Et ceux qui s’y adonnent, que ce soit par misère ou par goût, doivent comprendre qu’il y a des limites à ne pas franchir. Il ne s’agit pas seulement d’un crime contre les chats, mais d’un recul anthropologique, une trahison de tout ce qui fait de nous une société civilisée. Alors que faire ? Rire, peut-être. Écrire, sûrement. Et surtout dénoncer. Car si nous restons silencieux pendant que nos chats disparaissent un à un, alors demain, ce seront nos chiens. Puis nos perroquets. Et qui sait ? Peut-être nos voisins. Et pour ceux qui ont déjà goûté, et qui se disent “c’est bon quand même le chat”, un petit message : vous méritez un purgatoire spécial, entre les cuisines de l’enfer et la SPA céleste.

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