Alors que le monde de la communication s’attendait à offrir à celui qui avait modernisé l’écran africain des obsèques d’une ampleur digne de son héritage, une annonce inattendue est venue troubler les attentes. Le corps de celui que beaucoup appelaient le « Roi de la télévision », Consty Eka, ne sera finalement pas rapatrié au Cameroun. Disparu le 16 février 2026 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, à la suite d’un malaise, l’animateur et producteur camerounais laissera derrière lui une marque profonde dans l’histoire de l’audiovisuel africain. Selon plusieurs sources issues de son entourage proche, la décision de ne pas transférer sa dépouille vers sa terre natale aurait été prise par son épouse sans l’aval de la famille élargie. Ainsi s’écrit la dernière page terrestre de celui qui, durant toute sa vie, transforma l’écran en royaume et la parole en sceptre. Son dernier voyage s’accomplira donc à Abidjan, du 20 au 21 mars 2026, là où il sera porté en terre. Depuis de longues années déjà, cette ville l’avait accueilli comme l’un des siens. C’est sur cette rive de la lagune Ébrié qu’il avait déployé l’essentiel de son génie créatif à travers des projets médiatiques ambitieux, notamment au sein du groupe CEN TV et de la radio Voltage 2. La Côte d’Ivoire l’avait adopté avec ferveur, reconnaissant en lui une voix singulière et une présence rare dans l’univers des médias. Là, son talent trouva un écho qui fit grandir sa légende et donna à sa carrière l’ampleur d’une destinée. La décision de le laisser reposer sur cette terre peut surprendre certains, mais elle rappelle aussi que l’itinéraire des grandes figures dépasse souvent les frontières.
L’endroit où repose un homme importe parfois moins que l’empreinte qu’il laisse dans les mémoires. Car ton départ, cher Consty Eka, laisse derrière lui des orphelins dans ce monde médiatique que tu aimais tant. Des générations entières de téléspectateurs et de professionnels garderont le souvenir d’une voix, d’un regard et d’une prestance qui semblaient déjà annoncer la vocation. Un ancien camarade de classe se souvient encore de l’adolescent que tu étais en classe de cinquième. Il évoque une assurance presque royale, une manière d’habiter l’espace comme si la scène t’attendait déjà. Tu n’as jamais trahi cette promesse. Tu as suivi la voie que ton âme avait tracée, refusant de devenir quelqu’un d’autre que celui que le destin appelait. Voilà peut-être la forme la plus authentique de la réussite. Pour une personnalité d’une telle envergure, certains auraient souhaité sentir plus fortement la reconnaissance officielle de son pays natal. Cette absence de gestes éclatants nourrit aujourd’hui des interrogations. D’autres y voient un rappel discret adressé aux autorités, comme si le silence de l’histoire invitait à une réflexion sur la manière dont une nation honore ses bâtisseurs.
La Côte d’Ivoire, elle, lui a offert reconnaissance et espace pour déployer son talent. Elle lui a donné ce que tant d’artistes et d’esprits créateurs recherchent toute leur vie, la possibilité d’être pleinement eux-mêmes. Reposer dans ce pays qui fut le théâtre de son accomplissement n’a donc rien d’un exil. C’est plutôt l’aboutissement d’un chemin. Ton nom rejoint désormais celui de ces figures africaines dont la destinée s’est écrite au-delà de la terre natale, comme Félix Moumié, Ahmadou Ahidjo ou encore Manu Dibango. Leur parcours rappelle une vérité ancienne. Nul n’est toujours reconnu à la mesure de son éclat là où il est né. Peut-être est-ce là l’une des leçons silencieuses de ton histoire. Les peuples oublient parfois de célébrer leurs trésors tant qu’ils vivent encore parmi eux. Puis vient le temps de la mémoire, lorsque l’absence révèle ce que la présence n’avait pas entièrement dévoilé. Repose en paix, Roi de l’écran. Là où se termine le voyage des hommes commence celui des légendes. Dans le grand livre de l’histoire des médias africains, ton nom restera gravé comme celui d’un souverain sans couronne dont la voix, longtemps après le silence des studios, continuera de résonner dans la mémoire des peuples.